Empêcheur de penser en rond
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Cet article est issu du numéro 101 de Philosophie magazine « L’instant présent. Attrape-le si tu peux ! », en kiosque le 16 juin 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
De l’enfant rêvant aux mystères de la Terre au savant controversé en passant par le globe-trotteur du Beagle, retour sur une vie en constante évolution.
Charles Darwin naît le 12 février 1809 à Shrewsbury, dans le Shropshire, comté rural de l’ouest de l’Angleterre. Il vient au monde avec, littéralement, une petite cuillère en porcelaine dans la bouche : son père, Robert, est un médecin et notable de la ville ; Susannah, sa mère, est l’héritière des Wedgwood, manufacturiers de céramiques toujours en activité. Il n’est toutefois pas évident que l’enfant deviendra un éminent scientifique. « Je crois avoir été, à plus d’un titre, un véritable vaurien », se souviendra-t-il. Il faut dire que la campagne offre bien d’autres distractions que le latin ou l’histoire : chasse aux vers de terre et aux scarabées, collection de minéraux, observation des oiseaux… Autant de « sujets sans intérêt », se désolent son père et son maître. Envoyé à Édimbourg étudier la médecine, Charles se passionne davantage pour la géologie et la taxidermie qu’il apprend loin des bancs d’une université qui l’ennuie. Un temps, il songe à devenir pasteur – plus par envie de poursuivre sous l’habit de la respectabilité ses recherches personnelles que par foi réelle. Très tôt, Darwin se montre sceptique en matière de religion. C’est moins au ciel qu’aux beautés et aux mystères de la Terre qu’il rêve. Quand les jeunes gens de sa classe entament leur Grand Tour d’Europe, lui trouve une place en décembre 1831 à bord du HMS Beagle, navire affrété par la Royal Navy pour un tour du monde de plus de quatre ans. Ce voyage est la matrice de son œuvre. S’il en publie le compte rendu relativement rapidement, Darwin mûrit L’Origine des espèces pendant une vingtaine d’années, conscient de son explosivité. À sa publication, en 1859, l’ouvrage s’arrache : Darwin se retrouve au cœur de controverses aussi métaphysiques que scientifiques qui le poursuivent toute sa vie. Installé avec femme et (de nombreux) enfants à Downe, dans le Kent, c’est là qu’il s’éteint le 19 avril 1882. Des funérailles nationales l’accompagnent à l’abbaye de Westminster, où il repose près d’Isaac Newton, autre célèbre empêcheur de penser en rond.