La vie des morts

Entre-t-on dans l’âge des “cybercimetières” ?

Temps de lecture : 7 min

Entre-t-on dans l’âge des “cybercimetières” ?

© iStockphoto

Cet article est réservé aux abonnés.

En Chine, les « cybercimetières » se multiplient face au manque de place dans les espaces urbains. Une pratique nouvelle, qui interroge notre rapport au corps, à l’espace, à l’absence. En quoi consistent ces nouvelles pratiques funéraires ? Éclairage.


 

L’an dernier, près de 10,4 millions de citoyens chinois sont décédés. Problème, dans ce pays où l’inhumation reste majoritaire, les cimetières commencent à manquer de place, notamment dans les grandes villes. Comme le remarque un reportage de Bloomberg, repéré par le magazine Uzbek et Rica, les autorités s’adaptent en conséquence, créant des « cybercimetières », des salles funéraires où les cendres des morts sont entreposées dans de petits compartiments, comme un étroit columbarium vertical. Par « cyber », il faut entendre en réalité « numérique » : tous ces casiers regroupés forment, en façade, un gigantesque écran qui peut diffuser des images du défunt que l’on vient voir, ou de tout autre décor (un paysage, un dessin, ou… un vrai cimetière). Une manière de contrebalancer, par une stratégie de personnalisation, le caractère très impersonnel de ces salles collectives.

Logique des “cybercimetières”

Les pratiques liées à la « numérisation de la mort » ne sont pas récentes. Comme le notent Maude Bonenfant et Charles Perraton dans Identité et Multiplicité en ligne (2015, également téléchargeable gratuitement), « dès les années 1990, on observe […] l’existence de cyber-cimetières », des cimetières sur internet « construits dans un univers graphique inspiré des cimetières traditionnels [qui] permettent aux proches de créer des mémoriaux en ligne dans le but de rendre hommage aux défunts ». Ces mémoriaux restaient des supplétifs aux tombes traditionnelles. Mais les choses ont évolué avec le perfectionnement des outils numériques, les réseaux sociaux et plus récemment encore, l’avènement du métavers qui offre précisément la possibilité d’entrer dans un espace numérique donné. L’idée de ces cybercimetières a d’ailleurs accompagné, presque immédiatement, la naissance du « métavers » : l’idée d’un monde privé d’espace dédié aux défunts semble impensable.

Cet article est réservé aux abonnés
En quoi les “cybercimetières” révolutionnent les pratiques mortuaires