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Entrons-nous dans la biocivilisation ?

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Les bactéries, les plantes, les champignons et bien d’autres espèces encore font preuve de possibilités de communication et de construction. À l’image : développement du myxomycète “Physarum polycephalum”, communément appelé blob, un organisme unicellulaire qui se déplace en étendant ses pseudopodes et en contractant son réseau veineux

Les bactéries, les plantes, les champignons et bien d’autres espèces encore font preuve de possibilités de communication et de construction. À l’image : développement du myxomycète “Physarum polycephalum”, communément appelé blob, un organisme unicellulaire qui se déplace en étendant ses pseudopodes et en contractant son réseau veineux. © Audrey Dussutour/CRCA/CNRS Images

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Pour faire cesser l’emprise humaine sur son environnement, faut-il promouvoir une « biocivilisation » ? C’est le projet du philosophe et biologiste Predrag Slijepcevic, dont l’ouvrage Biocivilisations: A New Look at the Science of Life, qui vient d’être publié (en anglais, Chelsea Green Publishing, 2023), fait grand bruit dans le monde anglo-saxon. Mais de quoi parle-t-on avec ce terme ? Décryptage.


 

Le mot de biocivilisation sonne étrangement, quand on pense au sens traditionnel du terme de civilisation. Il désigne un arrachement à la nature, la construction d’un monde de culture et de techniques, de normes et de lois, créé par les cerveaux et les mains des êtres humains. C’est précisément cette vision des choses que le concept de biocivilisation veut réfuter. Dans deux sens distincts.

Rendre civilisation humaine plus naturelle

Le premier est ancien et vient du monde francophone. Dans les années 1980, l’économiste Ignacy Sachs considère que la civilisation humaine comme séparation radicale est en partie à la source de la catastrophe environnementale. Dans Stratégies de l’écodéveloppement (1980), il en appelle à l’idée d’une civilisation qui serait enfin réconciliée avec la nature. Dans les milieux urbains, l’homme perd son contact avec la terre ; il faudrait donc réinvestir les campagnes. C’est seulement dans l’espace rural que pourront voir le jour les industries du futur : « L’avenir, j’en suis persuadé, appartient à une bio-civilisation moderne, aux campagnes parsemées de bioraffineries », de centrales « solaires et d’industries de transformation de la biomasse » renouvelable comme source d’énergie. Le projet de Sachs tient en trois « B » : biodiversité, biomasse, biotechnologies. Le monde de demain, à ses yeux, « ressemblera à celui que nous avons connu », mais il « offrira à ses habitants de nombreuses occupations ayant peu à voir avec le rude labeur des paysans d’antan ». La vision de Sachs irrigue une partie de la pensée écologique contemporaine. « Si la crise de la civilisation occidentale peut être analysée comme celle du dualisme entre la civilisation et la nature, de l’opposition radicale entre culture et nature, alors une biocivilisation peut être conçue comme la réinscription des sociétés et des humains dans un univers naturel, dans la biosphère » dont nous avons pendant des décennies fait abstraction, écrit ainsi l’économiste Geneviève Azam dans son article « Biocivilisation ou sociétés du bien vivre ? » (2014).

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