Politique / Idéologie

Eva Illouz : “La peur est un sentiment qui fait toujours bouger l’échiquier politique à droite”

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Eva Illouz

Eva Illouz. © Manuel Braun/Divergences

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Cet article est issu du numéro 165 de Philosophie magazine « La question woke », en kiosque le 01 décembre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La sociologue Eva Illouz, qui vient de faire paraître Les Émotions contre la démocratie (Premier Parallèle), montre comment les expériences sociales suscitent des réactions affectives qui se transforment en idéologies, notamment en un nationalisme populiste.

 

Vous partez d’un constat : nous avons un rapport affectif à la politique.

Eva Illouz : La politique est mue par des idées. Elles se présentent avec des affects collectifs qui entrent en résonance avec des émotions individuelles et des réactions affectives à une condition sociale. Les affects sont partout : dans les espaces, les images, les histoires qui circulent dans la société et qui y font lien, générant des atmosphères publiques, auxquels nous réagissons plus ou moins consciemment . C’est ainsi que naissent des schèmes narratifs collectifs qui mettent en relation des causes et des effets. C’est par eux que l’on attribue la responsabilité, qu’on crée des chaînes mentales de cause à effet pour expliquer la société. La politique consiste à donner un nom à ce qui ne va pas et à raconter une histoire pour expliquer pourquoi cela ne va pas. Un malaise social et les émotions qu’il génère ont besoin de se « recoder » en une histoire.

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