Essai

Existe-t-il des sentiments désintéressés ? 

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Existe-t-il des sentiments désintéressés ? 

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Les sentiments que nous éprouvons pour nos proches – amis, parents, amoureux, enfants – sont-ils dénués de tout calcul intéressé ? C’est la grande question que pose la sociologue Eva Illouz, auteur des Sentiments du capitalisme (Seuil, 2006), dans un essai inédit en français que nous publions aujourd’hui. Nous aimons penser que, du moins avec ceux que nous aimons, nous sommes des êtres désintéressés. Et nous accueillons tout soupçon à cet endroit avec indignation. Mais quand on y regarde de plus près, rien n’est moins sûr. Si nous tombons amoureux de nos pairs qui ont la même éducation ou le même niveau de vie que nous, si les familles se disputent au moment de se répartir l’héritage… ce n’est pas pour rien. Et à une époque où la frontière entre vie personnelle et vie professionnelle tend à se brouiller, il est de plus en plus difficile de faire la part, de l’intérêt ou de l’affection, dans ce qui nous attache les uns aux autres. D’un point de vue intellectuel, enfin, nous considérons avec Adam Smith et tous les économistes, que la poursuite par chacun de son intérêt personnel est le premier moteur de l’action humaine. Alors, comment faire concrètement pour vivre avec cette tension ?

En creusant ce trouble, qui remonte à l’invention de l’économie moderne, Eva Illouz se demande si la « société de marché », qui tend à étendre la logique du marché à toutes les relations humaines, avec ses réseaux sociaux et son idéologie centrale – le développement personnel –, ne repose pas sur la folle tentative de parachever le rapprochement entre l’intérêt et le sentiment, entamé avec l’économie moderne. Une réflexion longue et passionnante, à lire ici en exclusivité.

Sommes-nous si désintéressés que nous aimons le penser ?