L’art d'avoir toujours raison
Faites dans l’évidence
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Cet article est issu du numéro 70 de Philosophie magazine « 70 - juin 2013 », en kiosque le 30 mai 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
STRATAGÈME n° 28
Comment s’en servir
Plutôt que de vous perdre en explications, invoquez l’évidence, c’est-à-dire, étymologiquement, « ce qui se voit de soi-même » (ex video). Concluez votre propos par « c’est évident ! » ou contrez votre adversaire en lui reprochant de se noyer dans des conjectures au lieu de se rendre à l’évidence. Imaginons qu’on vous demande votre avis sur l’affaire Cahuzac. Affirmez : « Un homme qui ment à son président ment forcément au fisc, donc il doit cacher des sommes considérables dans plusieurs paradis fiscaux. C’est évident ! » L’idéal pour avancer une évidence est de procéder par une tautologie du type « X = X », valide universellement. Si l’on veut convaincre un pacifiste que son pays, pour des raisons humanitaires, doit intervenir militairement dans un autre pays menacé par l’anarchie, il pourra objecter : « La violence n’est jamais une solution. La guerre, c’est la guerre ! » Ce stratagème nous rappelle qu’il y a des vérités indépassables. Du coup, pas besoin de démonstration : la réalité brute suffit à dire tout ce qu’il y a à dire sur le sujet. S’en tenir à l’évidence est donc un gage de sagesse, d’honnêteté vis-à-vis de soi. Soucieux de « jouir loyalement de son être », Montaigne disait déjà : « Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors » (Les Essais, III, 13 « De l’expérience »). Désarmante vérité…