Faut-il choisir la péridurale ?
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Cet article est issu du numéro 54 de Philosophie magazine « 54 - novembre 2011 », en kiosque le 27 octobre 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Cette méthode d’accouchement sans douleur n’en finit pas de faire débat. Au-delà des questions qu’elle soulève se dessinent deux approches, qui font appel à des conceptions différentes du dépassement et de l’accomplissement de soi.
Pour/ C’est surfer sur la souffrance sans s’abîmer dans la douleur
Marie Darrieussecq
« Entre douleur et souffrance existe une grande différence. Dans la souffrance, le sujet est encore présent à lui-même, il a le sentiment de la vivre et les moyens de la penser. La douleur en revanche est un moment de dépersonnalisation, d’absence. La distinction de ces deux concepts m’a aidée à faire des choix pour chacun de mes trois accouchements. Tous mes enfants ont été prématurés et je n’ai pas pu les porter jusqu’au bout. Je suis en effet l’une des 80 000 femmes en France victimes du Distilbène. Cette hormone de synthèse crée des malformations utérines. L’équipe médicale m’a quasiment imposé la péridurale lors de la naissance de mon aîné. J’ai tout de même senti les premières contractions, déjà très violentes. L’intensité de la douleur, sa brutalité, m’a surprise. Un monitoring indiquait des courbes lors des contractions. On lisait un chiffre : 45. C’était une crête, suivie de moments de repos. La péridurale m’a été injectée. Je suis vite partie dans les brumes. Entre deux moments d’endormissement, l’un de mes yeux s’est posé sur le monitoring. La courbe montait à 100, presque sans aucun moment de répit. La douleur inscrite sur les écrans, que je ne ressentais pas, était au-delà même de l’imaginable. Déjà, ma grand-mère m’avait dit qu’elle aurait préféré se faire arracher les dents à vif que d’enfanter de nouveau… Elle avait essayé les deux.