Vos questions
“Faut-il toujours avoir peur de ce qui se répète ?”
© Séverine Scaglia pour PM.
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 171 de Philosophie magazine « La chance, est-ce que ça existe ? », en kiosque le 06 juillet 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Question de Sébastien Cottraux
Non, pas toujours ! Certes, la répétition rime souvent avec ennui, monotonie, habitude morne, mais elle peut aussi préparer le terrain d’un événement nouveau et être à ce titre aimable, voire souhaitable. Pensons à la répétition de l’entraînement du sportif, de la scène de théâtre, de la séance de thérapie… La répétition semble alors aussi nécessaire que salutaire. Elle permet de se situer, de voir où l’on en est, de prendre confiance en soi et la mesure du chemin parcouru. Le sportif qui répète les mêmes routines se rend capable, peu à peu, de gestes qui ne sont justement pas ceux qu’il vient de répéter ! Le comédien qui répète son texte sent monter la possibilité de l’interpréter vraiment. Sans cette répétition, sans la maîtrise du texte qu’elle rend possible, comment pourrait-il se sentir libre de s’écouter ? Les rendez-vous réguliers du patient avec son thérapeute, parce qu’ils se répètent, deviennent un rite, lui permettent de mieux comprendre ses symptômes comme la manière de les traiter. Sur le terrain de la sensualité également, la répétition, souvent présentée comme l’ennemie du désir, de la libido, peut pourtant produire l’effet inverse de celui que chante Claude François dans Comme d’habitude : permettre un raffinement de la sensibilité, une délicatesse plus aiguë, et devenir particulièrement excitante, proprement érotique. Ce qui se répète peut devenir le lieu même du plaisir ou permettre de mieux accueillir ce qui, précisément, ne se répète pas.