Sur le divan

Fête des pères : comment les philosophes parlent de leurs papas

Temps de lecture : 6 min

Jean-Jacques Rousseau et Simone de Beauvoir

Jean-Jacques Rousseau et Simone de Beauvoir. © Domaine public © CSU Archives/Everett Collection/Bridgeman Images

Cet article est réservé aux abonnés.

Ils s’appellent Lucien Camus, Jean-Baptiste Sartre ou Georges Bertrand de Beauvoir. Si vous reconnaissez leurs noms, c’est parce qu’ils ont donné naissance à des philosophes et écrivains célèbres. Quel genre de pères étaient-ils selon leur progéniture ?


Les héros : Beauvoir et Pagnol

« Une sorte de magicien », c’est ce qu’est Georges Bertrand de Beauvoir (1878-1941) aux yeux de sa fille, Simone de Beauvoir. « Toute petite, il m’avait subjuguée par sa gaieté et son bagou ; en grandissant […] : je m’émerveillai de sa culture, de son intelligence, de son infaillible bon sens », se souvient la philosophe dans ses Mémoires d’une jeune fille rangée (1958). Beauvoir perçoit son père comme l’incarnation de sa « vie intellectuelle », tandis que sa mère veille sur « sa vie organique ». À ses yeux, le rapport père-fille doit donc uniquement se situer « dans une sphère limpide où ne pouvait se produire aucun heurt ». Ce monde est celui des idées, mais aussi celui des adultes. « Mon père me traitait comme une personne achevée », se souvient Beauvoir, précisant que sa mère, à l’inverse, « prenait soin de l’enfant [qu’elle] était ». À l’adolescence, cette répartition genrée des rôles pousse la jeune femme à cacher à son père qu’elle a ses règles, un sujet faisant partie de ceux dont elle « n’imaginai[t] même pas de lui parler ». Lorsqu’elle apprend qu’il est au courant, elle se sent mortifiée. « En face de mon père je me croyais un pur esprit : j’eus horreur qu’il me considérât soudain comme un organisme. »

« Je restais assis, bien sage, au premier rang et j’admirais la toute-puissance paternelle », raconte à son tour Marcel Pagnol à propos de son père, l’instituteur Joseph Pagnol (1869-1951). Dans La Gloire de mon père (1957), l’écrivain raconte sa fierté de le voir en position d’autorité, tenant « une baguette de bambou » qui « lui servait à montrer les lettres et les mots qu’il écrivait au tableau noir ». Joseph Pagnol est le centre du monde de ses enfants. Il fait de chaque petite découverte quotidienne une « conférence politico-sociale ». Son savoir est si parfait que le petit Pagnol se demandait sincèrement « pourquoi le président de la République n’avait jamais pensé à l’appeler, tout au moins pendant les vacances, car il eût fait en trois semaines le bonheur de l’humanité ». Cette adulation toute juvénile, dépeinte avec tendresse et humour dans les ouvrages de l’écrivain, prend racine dans la région d’Aubagne (13). C’est la raison pour laquelle le petit Marcel est persuadé que « l’accent provençal était le seul accent français véritable, puisque c’était celui de notre père, examinateur au Certificat d’Études ».

Cet article est réservé aux abonnés
Du super papa… au papa pas là