Frédéric Beaucher. Le gardien des bois feuillus
Frédéric Beaucher en 2019 © Jean-Claude Couval
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Cet article est issu du numéro 130 de Philosophie magazine « Plaire, émouvoir, convaincre. L’art de l’éloquence », en kiosque le 29 mai 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Face à l’implantation de résineux qui mène à la surexploitation des forêts dans son Morvan d’adoption, ce sexagénaire a créé un groupement pour racheter des parcelles menacées et milite pour une autre relation, plus humble, de l’homme avec la nature.
Il observe le paysage comme on examine un visage. La bâtisse de Frédéric Beaucher est juchée sur une petite colline au milieu des forêts morvandelles, proche de Brassy, dans la Nièvre. De sa terrasse, par-delà quelques champs, des étendues boisées tapissent les vallons en nuances de vert. Droit, le visage creusé, coiffé d’épais cheveux gris en pagaille, Frédéric possède de grands yeux bleus et vifs qui sautent de coteau en coteau. Ici court un couvert de feuillus où se mêlent chênes, hêtres, châtaigniers, merisiers, charmes. Et tout à coup, nous distinguons une parcelle de conifères alignés comme un régiment immobile perdu dans la vallée. « Depuis l’endroit où nous sommes, nous ne voyions aucun sapin il y a vingt-cinq ans. Mais le rendement des forêts de résineux a grimpé. Les exploitants sylvicoles ont massacré des feuillus séculaires pour en faire des copeaux. Puis, à la place, ils ont planté des Douglas, des arbres venus d’Amérique du Nord destinés à être rasés à blanc au bout de cinquante ans. »
Dates clés
- 1957 Naît le 18 novembre à Paris
- 1983 Quitte la région parisienne pour s’installer à Lormes (Nièvre)
- 1989 Commence à travailler à la mairie de Brassy
- 2012 Début de la lutte contre l’implantation d’une mégascierie dans la forêt de Tronçay
- 2015 Fondation du groupement forestier Le Chat Sauvage
Pour voir, il faut savoir. Pour lui qui habite ces terres depuis plus de trente ans, ces colonnes de sapins ne sont pas le signe d’une nature indifférente aux rumeurs des cités, mais des plaies, les stigmates d’une civilisation qui « réduit la valeur de la nature au marché ». Frédéric Beaucher est en croisade. Il fixe ses troupes de feuillus tel un général en campagne. En 2015, avec sa compagne et un couple d’amis, il fonde un groupement pour racheter petit à petit des parcelles de forêts afin qu’elles ne tombent pas dans les mains d’exploitants vénaux. Son nom ? Le Chat Sauvage, en hommage à une espèce emblématique du Morvan. Il sourit. « Le côté rebelle me plaît aussi. » Aujourd’hui, plus de 230 sociétaires protègent une cinquantaine d’hectares. Une goutte d’eau quand on sait que le parc naturel bourguignon en compte plus de 85 000… « C’est toujours ça de gagné, lâche-t-il. C’est la course pour arriver avant les coopératives. Nous consultons les cadastres dans les mairies pour repérer les parcelles menacées, puis nous contactons les propriétaires pour racheter leurs terres. » Parfois, les sociétaires arrivent trop tard. « Nous avons acquis un lopin qui venait d’être rasé. Nous étions une vingtaine sur ce terrain désert, mais c’était un beau moment. Nous avons replanté la forêt. »