Cinéma
“Frère et Sœur” : l’indicible passion de la haine
Melvil Poupaud et Marion Cotillard dans “Frère et Sœur”, d’Arnaud Desplechin. © Shanna Besson/Why Not Productions
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Alice et Louis se détestent, mais la mort de leurs parents les force à se retrouver. Parviendront-ils à surmonter cette haine qui les sépare ? Dans Frère et Sœur, présenté au Festival de Cannes, Arnaud Desplechin poursuit son exploration de la haine intrafamiliale au sein cette fois d’une fratrie. Après avoir fait leur vie, traversé des épreuves et trouvé leur place dans le monde, les deux personnages semblent cultiver cette haine, sans forcément savoir d’où elle vient. Une œuvre qu’on imagine comporter des accents autobiographiques, mais qui pose surtout la question du rapport entre la haine et la connaissance – de soi comme d’autrui. La psychanalyste et philosophe Clotilde Leguil nous livre ses impressions.
Réciprocité de la haine
Le choix fait par Desplechin n’est pas de nous plonger dans les ressorts de l’intrigue familiale, mais dans l’obscurité de cette passion, pour interroger la haine dans le rapport au tragique de l’existence. La rencontre de la mort peut-elle faire limite à la haine ? L’hostilité entre Louis (Melvil Poupaud) et Alice (Marion Cotillard), chacun arrivé au mitan de sa vie, est ainsi abordée depuis son intensité. Comme si le temps n’avait rien fait à l’affaire, bien au contraire. Cette haine plus forte que le sentiment de la vie a conduit à une rupture fondamentale entre les deux, comme une irréversibilité de l’état de guerre. Alice et Louis se haïssent avec passion, dévorés chacun par le refus de céder quoique ce soit.