Friedrich Nietzsche commenté par Roger-Pol Droit
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Cet article est issu du numéro 136 de Philosophie magazine « 136 - février 2020 », en kiosque le 16 janvier 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’extrait de Friedrich Nietzsche
« Par ma condamnation du christianisme, je ne voudrais pas avoir fait tort à une religion parente qui le dépasse même par le nombre de ses croyants : le bouddhisme. Tous les deux vont ensemble en tant que religions nihilistes – ce sont des religions de décadence –, tous les deux sont séparés de la plus singulière manière. Le critique du christianisme est profondément reconnaissant aux indianisants de pouvoir les comparer maintenant. – Le bouddhisme est cent fois plus réaliste que le christianisme, – il porte en lui l’héritage de savoir objectivement et froidement poser des problèmes, il vient après un mouvement philosophique de plusieurs siècles, l’idée de “Dieu” dans sa genèse est déjà fixée quand il arrive. Le bouddhisme est la seule religion vraiment positiviste que nous montre l’histoire, même dans sa théorie de la connaissance (un strict phénoménalisme) – il ne dit plus “lutte contre le péché”, mais donnant droit à la réalité, “lutte contre la souffrance”. Il a déjà derrière lui, et cela le distingue profondément du christianisme, l’illusion volontaire des conceptions morales, – il se trouve placé, pour parler ma langue, par delà le bien et le mal. »
L’Antéchrist, §20, 1888, publié en 1895.