Antiquité
Heinz Wismann. Un mariage à la grecque
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 31 de Philosophie magazine « 31 - été 2009 », en kiosque le 02 juillet 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans la culture antique, pas de séparation entre corps et esprit, mais une union située sur le plan physique. Si tous les penseurs s’accordent sur ce point, il en va autrement de la nature de l’âme. Des divergences que détaille Heinz Wismann.
Si vous cherchez l’âme, il faut chercher dans le corps : voilà ce qu’enseignent les anciens Grecs. L’idée d’une âme séparée du corps, de nature spirituelle, destinée à survivre dans un au-delà, aurait paru saugrenue à la majorité des philosophes de la Grèce antique. Sur la nature de l’âme, ils ne sont cependant pas d’accord. Les uns pensent, avec Homère, que l’âme est un souffle chaud ou froid. Pour d’autres, elle est constituée d’éléments premiers. Parcelle du feu originel selon les stoïciens, elle est le fruit du mélange des quatre éléments dans le sang pour Empédocle. D’autres, comme Démocrite ou Épicure, y voient un composé d’atomes* (voir lexique). Aristote, enfin, la définit comme un principe immanent au corps qui lui donne forme.
Mais qu’on la conçoive comme souffle, feu, agrégat d’atomes, mélange d’éléments ou forme du corps, elle est toujours un principe physique. Cette assimilation de l’âme à du physique permet paradoxalement aux Grecs de penser son action, la façon dont elle anime le corps. Si on l’identifie, à l’instar d’Homère, à un souffle d’abord froid, le réchauffement de ce souffle par le sang permettra de comprendre qu’un homme puisse se mettre à bouger, à parler. La tient-on, comme Démocrite, pour un essaim d’atomes sphériques, circulant dans l’organisme ? Les causes du mouvement s’éclairent. Ces atomes sphériques sont en quelque sorte les roulements à billes qui font jouer toute la mécanique corporelle.
Cette conception de l’âme comme principe physique permet à des philosophes, tel Empédocle, de rendre compte des différentes manières de percevoir et de penser. Si l’âme consiste en un mélange des quatre éléments, la prédominance d’un des éléments, le feu par exemple, peut modifier nos capacités de perception. Comment faire, dès lors, pour bien penser ? C’est très simple : il suffit d’avoir un sang bien tempéré. Si vous avez dans le sang trop d’air, de feu ou de terre, ne désespérez pas, il existe des remèdes : se purifier par des régimes alimentaires ou sexuels, par exemple. Et, au cas où les régimes ne seraient pas votre fort, il vous reste une solution : regarder les étoiles. En contemplant le cosmos, totalité où les quatre éléments s’équilibrent, votre mélange, par attraction des semblables, s’améliore.