I. La voie de la maîtrise

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Cet article est issu du numéro 97 de Philosophie magazine « Peut-on choisir ses désirs ? », en kiosque le 18 février 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Rêves de gloire, d’amour, de confort, d’épanouissement… souvent, vous avez le sentiment d’être le jouet de vos envies. Et si l’on vous aidait à reprendre le contrôle de votre vie?

Réussir sa carrière professionnelle ; amasser assez d’argent pour vivre dans le confort matériel ; manger un bon burger – et le lendemain bio ; multiplier les conquêtes avant de trouver l’amour, le vrai ; se sentir épanoui, « zen », au contact de l’essentiel… Tant de désirs contradictoires nous assiègent. Comment ne pas se perdre dans le labyrinthe de nos envies ? Trouver un fil d’Ariane suppose de définir clairement les priorités afin d’éviter la dispersion : Épicure s’attelait déjà à cette tâche. Prenant la nature pour critère de démarcation, il estime que certains désirs sont « vains » et doivent être éliminés. Ils correspondent à des aspirations irréalisables (devenir immortel) ou qui nous attachent à des choses superflues. Le philosophe prend l’exemple de la soif de gloire ou de richesses ; on peut adapter : courir les dîners mondains, craquer pour une Rolex… Exit ces désirs-là, bons pour les « insensés ». D’autres ne sont pas à proscrire dans l’absolu mais à contrôler : les désirs « naturels seulement », c’est-à-dire non nécessaires. Ils renvoient à des satisfactions biologiques, mais celles-ci ne sont pas vitales et risquent même de nous précipiter dans l’excès : commander sans avoir faim un copieux risotto aux fruits de mer ; faire l’amour – une éventuelle perte de temps et d’atomes (dont notre corps est composé) pour un épicurien conséquent… Celui-ci règle toujours sa mire sur les désirs naturels et nécessaires. Ce sont ceux qui visent à la fois « l’absence de souffrances du corps » – les indispensables : manger, boire, se vêtir, avoir un toit, toujours dans un esprit de sobriété – et « l’absence de troubles de l’âme », l’ataraxie. Pour Épicure, philosopher est un désir naturel et nécessaire : c’est une thérapie qui nous guérit de craintes élémentaires (la peur des dieux ou de la mort). Lorsque les désirs prééminents sont comblés, nous atteignons « la fin de la vie bienheureuse », qui n’est autre que le plaisir : un état stable de « plénitude », d’autosuffisance, où l’on vit comme un « dieu parmi les hommes »…

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