4. Ça sert à changer le monde ou à l’accepter ?
Jacques Rancière: “Faire du Sénat une assemblée tirée au sort !”
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Cet article est issu du numéro 100 de Philosophie magazine « Qu’est-ce que la philosophie ? », en kiosque le 26 mai 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les philosophes ont jusqu’ici interprété le monde, il s’agit maintenant de le changer, écrivait Karl Marx. Nous avons donc demandé à quatre penseurs engagés leur idée préférée pour ébranler la domination capitaliste.
« On rencontre la question de l’égalité dans toutes les relations, même les plus anodines. Mettre des mots ensemble, parler à quelqu’un, c’est déjà construire une forme de monde commun qui met en exercice l’égalité ou l’inégalité. L’égalité n’est donc pas une affaire seulement politique.
Mais la politique ne peut pas se penser sans une certaine égalité : l’idée même d’une communauté politique suppose l’existence d’un sujet qui n’est pas plus destiné à gouverner qu’à être gouverné, même si, dans la distribution concrète des rôles, certains gouvernent et d’autres sont gouvernés. Il n’y a pas de politique à proprement parler tant que le fait de commander est fondé sur une supériorité de fait : quand le père exerce son autorité sur ses enfants, le maître sur ses élèves, le patron sur ses ouvriers… Le modèle du berger qui soigne son troupeau n’est jamais très loin. La communauté politique n’existe que s’il y a cette figure de l’égal, qui est hautement paradoxale, parce qu’elle n’a pas de consistance réelle. C’est quoi deux personnes strictement égales ? L’égalité n’est pas une affaire de mesure. Elle est une hypothèse de construction d’un monde commun et elle se vérifie dans une pratique. Elle est une maxime d’action.