Mouvements sociaux
Jérôme Fourquet : “Pour frapper la machine économique au cœur, on ne vise plus les usines mais les supermarchés”
Rassemblement de “Gilets jaunes” sur le parking du supermarché Intermarché de Lentigny (42), en novembre 2018. © Vincent Poillet/REA
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Préparé depuis plusieurs mois en ligne, le mouvement « Bloquons tout » débutera le 10 septembre. Occupation des parkings de supermarchés, barbecues, pique-niques… Les modes d’action envisagés changent des formes de mobilisation traditionnelle. Jérôme Fourquet décrypte pour nous l’évolution des pratiques protestataires.
Pique-niques, barbecues, occupation des parkings des supermarchés : des modes d’action originaux sont prévus pour le 10 septembre. Pourquoi ce choix ?
Jérôme Fourquet : L’occupation des lieux n’est pas nouvelle dans les mouvements sociaux contemporains : on l’a vu avec Occupy Wall Street, les Indignados, Nuit debout, et plus récemment les Gilets jaunes. Beaucoup de militants ou de citoyens engagés ont constaté que les répertoires d’action politiques et syndicaux traditionnels – manifestations sur les grands boulevards, les avenues dans les grandes villes, ou des rassemblements statiques sur les places, la grève dans les entreprises – sont relativement épuisés, qu’ils ne parviennent plus à mobiliser massivement. Il y a donc des tentatives pour les réinventer : sortir de la manifestation balisée, convenue, afin de toucher un public qui se détourne des mobilisations traditionnelles. Lors des manifestations, vous avez désormais systématiquement un cortège de tête qui se met en branle. Une partie des gens qui s’y retrouvent adoptent la stratégie des black blocs et vont à la confrontation avec les forces de l’ordre. Mais d’autres choisissent le cortège de tête justement parce qu’ils aspirent à trouver d’autres façons de se comporter et de manifester que celles bien organisées, un peu plan-plan, du cortège de tête traditionnel. Bref, il y a une volonté de créer de nouveaux modes d’action afin de réenchanter l’engagement, afin de retrouver une joie de se mobiliser. L’occupation des parkings de supermarchés fait partie de cela.