Personnalité
Juan Branco. Un frondeur qui secoue le droit international
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Cet article est issu du numéro 99 de Philosophie magazine « Nomades contre sédentaires », en kiosque le 28 avril 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Mais qu’est-ce qui fait donc courir Juan Branco, journaliste, chercheur et militant multicartes ? À 26 ans, ce lecteur de Nietzsche, fils d’une psychanalyste espagnole et du producteur Paulo Branco, a fait ses études à Paris – à Sciences-Po, à la Sorbonne, en droit et en philo, et à l’ENS, pour une thèse en droit international. Mais c’est le monde réel qu’il semble vouloir parcourir. Comme il parle six langues, cela facilite les choses. D’autant qu’il a l’art de se faire repérer partout où il va. Dans les ministères, sur les campus comme sur le terrain humanitaire. Après Sciences-Po, il a intégré plusieurs cabinets ministériels, celui d’Aurélie Filippetti et de Laurent Fabius, il a été porte-parole de Julian Assange quand celui–ci cherchait à se faire entendre de l’Élysée, fait un stage auprès du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, été photographe à New Delhi, reporter au Congo, champion d’équitation à Dubai, a œuvré au sein du collectif La Quadrature du Net et été à l’initiative du retrait de la loi Hadopi-1. Est-ce parce qu’il ne prend pas le temps de creuser un sillon ou parce qu’il veut en labourer dix à la fois ? Après son stage à la Cour pénale internationale, le procureur Luis Moreno Ocampo le recrute comme assistant spécial et le voilà officier de liaison de la CPI pour la zone francophone, à Paris. C’est alors que les révolutions arabes éclatent. Il part en Tunisie, rencontre Yadh Ben Achour, le père de la nouvelle Constitution, et l’invite à adhérer à la Cour pénale. Sans consulter personne. À la surprise générale, la Tunisie adhère. Ocampo est ravi, mais Branco est viré. Le jeune homme en retire-t-il de l’amertume ? Il vient de publier un essai au vitriol contre l’institution, L’Ordre du monde. Critique de la Cour pénale internationale (Fayard). Il y dénonce « une institution qui ne s’est jamais montrée à la hauteur de ses ambitions », s’est « soumise aux desiderata des grandes puissances » et manque aux principes qui sont censés la régir. Dans le portrait que lui consacre la revue Charles, il dit son attrait pour la politique et sa hantise d’être happé par le système dont il deviendrait le petit soldat. « Je suis convaincu qu’il va y avoir une rupture. » Et d’ajouter : « S’il n’y en a pas, la politique ne m’intéresse pas. » Au mois de juillet, il part pour les États-Unis en tant que chercheur invité à la Yale Law School… On devrait entendre parler de lui à son retour. Ou avant.