Biologie
La dette immunitaire, une hypothèse contestée
Pékin (Chine), le 30 octobre 2023. Des parents et leurs enfants dans un hôpital pour enfants. La recrudescence des maladies respiratoires en Chine, qui a attiré l’attention de l’OMS, est due à la grippe et à d’autres agents pathogènes connus et non à un nouveau virus, a déclaré le ministère de la Santé du pays dimanche 26 novembre 2023. © Andy Wong/AP Photo/Sipa
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Hôpitaux bondés, médecins débordés, services d’urgences dépassés : la Chine fait face à une flambée des infections respiratoires. Effet d’un nouveau mystérieux virus, quatre ans après le coronavirus ? Pour certains, le pays paie plutôt sa stricte politique « zéro Covid » : il doit aujourd’hui « rembourser » sa dette immunitaire. Explication d’une notion contestée.
Comment expliquer la mystérieuse recrudescence de maladies respiratoires qui secoue actuellement la Chine ? Pas besoin de s’alarmer du surgissement putatif d’un nouveau virus, pour certains : le pays subirait seulement le contrecoup de sa politique draconienne de lutte contre le Covid-19. C’est ce qu’affirmait récemment, par exemple, un article paru dans Le Vent de la Chine : « Cette politique sanitaire avait considérablement réduit la circulation des pathogènes respiratoires lorsqu’elle était en vigueur et donc diminué le niveau d’immunité de la population. Aujourd’hui, le pays paie donc sa “dette immunitaire” : c’est ainsi que les épidémiologistes appellent ce phénomène expérimenté par bien d’autres pays avant la Chine. »
Une théorie contestée
L’idée de dette immunitaire est en réalité très contestée. Elle est née en 2021 sous la plume de médecins français, dans le sillage du Covid-19 : la notion est mobilisée dans leur article « Pediatric Infectious Disease Group (GPIP) position paper on the immune debt of the COVID-19 pandemic in childhood, how can we fill the immunity gap? », pour expliquer la reprise particulièrement virulente de certaines infections communes (bronchiolite, streptocoque, etc.) après des mois de confinement et autres mesures sanitaires. Pour l’équipe de chercheurs, cet isolement a produit une « dette d’immunité » : à cause d’un « défaut de stimulation », d’une réduction de notre exposition aux virus et bactéries de tout type, notre système immunitaire se serait affaibli.
La notion s’apparente, semble-t-il, à une autre, beaucoup plus ancienne : l’idée de lacune immunitaire (immunity gap), mise en avant depuis les années 1960. David Simard, Frédéric Fischer, Lonni Besançon et Michaël Rochoy résument dans leur article « Covid-19 : non, notre système immunitaire n’a pas été affaibli par les mesures sanitaires » (2022) : « Si, au sein d’une population, une proportion d’individus immunitairement “naïfs” vis-à-vis d’un pathogène (autrement dit, qui n’y ont jamais été exposés) se retrouve en contact avec lui, alors le risque est de voir émerger une épidémie avec explosion des cas. »