Analyse
La “fin de l’insouciance”, un remède contre l’angoisse climatique
Nous aurions trop vite fait de condamner le souci qui s’est emparé de nous cet été et de regretter les années précédentes. © Annie Spratt/Unsplash
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Médias et politiciens, en cette fin d’été, invoquent la « fin de l’insouciance » écologique, comme pour regretter une époque révolue. Mais le souci a peut-être du bon !
Les mots d’Emmanuel Macron, prononcés le 24 août dernier lors de l’ouverture du Conseil des ministres de la rentrée, ont été sans équivoque. « Nous vivons la fin de l’insouciance », a annoncé le président, faisant référence aux effets du réchauffement climatique, particulièrement manifestes cet été, partout en France et dans le monde. Ils entérinent selon lui « un grand bouleversement », « une grande bascule ». Si la formule du président a pu être critiquée par des représentants de la gauche (entre le Covid et la crise économique, l’insouciance n’est-elle pas révolue depuis longtemps ?), force est d’admettre que cet été a, plus que les autres, marqué les consciences. Entre les pénuries d’eau, les incendies en Gironde, dans les Landes, en Aveyron ou en Bretagne, ou la canicule inédite, les risques redoutés du réchauffement climatique ont commencé à se matérialiser et n’ont pas laissé indifférent. Il suffit de discuter avec ses proches pour constater que nous sommes beaucoup à ne plus parvenir à profiter des vacances d’été sans nous soucier des conséquences de chaque action. Difficile de faire un barbecue sans avoir en tête les feux de forêts, de prendre l’avion sans penser à son empreinte carbone, d’aller se baigner sans songer aux sécheresses, etc. Nous sommes (y compris les jeunes) devenus soucieux, attentifs et inquiets. Cette disposition d’esprit paraît en premier lieu peu réjouissante, et il est aisé d’en faire la critique. Car on sait bien que l’insouciance a quelque chose de précieux, tout particulièrement pendant la période de l’enfance. Elle stimulerait la créativité, la curiosité, et permettrait d’apprécier le moment présent sans arrière-pensées parasitantes. Mais l’on peut aussi se demander si le souci n’a pas quelque chose à nous apporter, dans la mesure où il met fin à une angoisse aux contours flous qui pèse depuis quelques années. Peut-être cette ère du souci, plus propice à la prise de conscience et à l’action, pourrait-elle par ailleurs nous aider à sortir d’une crise dont nous comprenons maintenant l’ampleur ?