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La liberté religieuse en péril dans 1 pays sur 3

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La liberté religieuse en péril dans 1 pays sur 3

À New Delhi (Inde), le 3 mars 2020, un homme manifeste contre les affrontements religieux entre hindous et musulmans, consécutifs à une nouvelle loi sur la citoyenneté. Sur son masque est inscrit le slogan : “Ne nous divisez pas”. © Adnan Abidi / Reuters

Un tiers, 62 sur 196 : c’est le nombre de pays dans lequel la « liberté religieuse » est « menacée », selon un rapport de l’ONG Aide à l’Église en détresse. Un chiffre en nette augmentation : il y a deux ans, les discriminations et les persécutions concernaient « seulement » un pays sur cinq. « L’épidémie amplifie les conflits religieux et régionaux déjà existants », commente la fondation catholique : elle incite les sociétés à se trouver des boucs émissaires et à harceler, notamment, les mouvements religieux minoritaires. 

Mais l’exaltation de l’unité, contre la diversité religieuse, est-elle la solution pour faire face à une crise ? Au XVIIe siècle, dans des temps troublés de dissensions religieuses, les philosophes anglais Thomas Hobbes et John Locke avaient déjà proposé des pistes. 

 

Quels sont les principaux acteurs responsables du recul des libertés religieuses à travers le monde ? 

Le rapport de la fondation Aide à l’Église en détresse (AED) pointe du doigt trois facteurs principaux : 

  • le développement de mouvements « nationalistes ethno-religieux » qui vise à la purification de la société ; 
  • la propagation de l’« extrémisme islamiste », notamment dans des zones qui échappent à la loi des États ; 
  • mais il en va surtout (pour les deux tiers) de la responsabilité des États eux-mêmes. Pensons, pour n’en citer que quelques-uns, à la Chine, à l’Inde, à la Birmanie ou encore à l’Iran. 

 

Comment expliquer ce raidissement des politiques religieuses ? 

Une réponse a été formulée philosophe britannique du XVIIe siècle Thomas Hobbes. À notre époque, la pandémie de Covid-19 multiplie les restrictions sanitaires et isole les hommes les uns des autres. Or, dans l’état de nature que décrit Hobbes en son temps, les hommes ne sont que des atomes coupés les uns des autres. Cette atomisation de la société, comme il l’explique dans son ouvrage majeur, le Léviathan (1651), fragilise la société. Et la religion – ou plus précisément la diversité religieuse – accentue encore cette menace latente de guerre civile. Elle en  est même l’un des principaux facteurs. 

Selon Hobbes, « L’octroi de “libertés religieuses” ne [peut] mener qu’à des actes de sédition », résume l’essayiste Jérôme Blanchet-Gravel. Pour maintenir la paix sociale, un État fort doit imposer l’unité religieuse. Car, si elle peut être un facteur de dislocation, la religion peut être aussi un ciment efficace, lorsqu’elle est partagée par tous. 

Erreur, répliquera John Locke quarante ans plus tard, dans une Lettre sur la tolérance (1689) qui, entre les lignes, répond à son compatriote. C’est même tout l’inverse ! « Ce n’est pas la diversité des opinions, qu’on ne saurait prévenir, mais le refus de la tolérance, qu’on pourrait accorder, qui a été la source de toutes les guerres et de tous les démêlés », écrit ainsi Locke. À ses yeux, l’État n’a de toutes façons pas la capacité d’imposer l’unité religieuse : il peut contraindre les corps à l’obéissance, non les âmes. Or c’est bien des âmes et de leur salut qu’il est question dans la religion. L’homogénéité de façade qu’un État obtient par la force, voire par la violence, n’a rien d’une conversion authentique : c’est de la poudre au yeux. Sous cette illusion, les tensions religieuses se perpétuent et même s’exacerbent. 

Là où Hobbes fait de la religion un instrument aux mains de l’État, Locke conseille d’opérer une distinction claire entre « ce qui regarde le gouvernement civil [et] ce qui appartient à la religion, et de marquer les justes bornes qui séparent les droits de l’un et ceux de l’autre », entre le temporel et le spirituel. Plus facile, sans doute, à son époque qu’à celle de Hobbes, marquée par la guerre civile anglaise, où tout ce qui pouvait nourrir la guerre civile était frappé d’horreur. L’histoire donne cependant raison à Locke : quel État a réussi à imposer durablement l’unité religieuse ? Et combien de morts pour ces tentatives manquées ? Reste que cette répression accrue est source de bien des tensions.