Dossier / “Il faut qu’on parle !”
La parole est à vous !
© Christopher Anderson / Magnum Photos
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Cet article est issu du numéro 170 de Philosophie magazine « Il faut qu’on parle ! Le langage résout-il les conflits ? », en kiosque le 01 juin 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Se dire ses quatre vérités – en amour, au travail ou en géopolitique – est-il vraiment bénéfique ? À quelles conditions ? Faut-il parler pour résoudre les conflits ou le fait de pouvoir s’entendre présuppose-t-il un climat de paix ?
« Y a des gens pas contents, qui vous engueulent. Mais vous pouvez parler. Et parfois, vous pouvez convaincre. Le désaccord me plaît. » le président de la République (sur)jouait la franchise, fin avril, sur la place du marché de Dole, dans le Jura, en pleine saison de casserolades. De son côté, la Première ministre Élisabeth Borne appelait les syndicats à revenir à la table des négociations et cherchait le compromis, espérant « apaiser le pays », tandis qu’à l’Assemblée et par médias interposés, les petites phrases fusaient encore. Comme un bras d’honneur aux manifestations dans l’Hexagone, Emmanuel Macron soulignait que ce ne sont « pas des casseroles qui feront avancer la France ». Un geste d’apaisement aussitôt suivi d’une provocation… Il en va de la politique comme de l’amour : le langage, indispensable à la communication, parfois l’empêche ou la parasite. En formulant des vérités crues, ne prend-on pas le risque de blesser ? Pour préserver son couple, ne vaut-il pas mieux parfois se taire ? La promesse de la grande explication est rarement de bon augure, d’autant qu’avant qu’elle puisse s’engager, certaines conditions doivent être réunies. L’entreprise dialogique suppose des accords de principe – s’écouter, argumenter plutôt que s’insulter… Or l’on s’accorde précisément en échangeant. On crée les modalités du dialogue en dialoguant. Au travail, combien de malentendus et de tensions naissent d’un message parfaitement clair mais sans ambages, d’un mail tout à fait explicite mais auquel il manque ce je-ne-sais-quoi de diplomatie et qui heurte parce qu’il n’appelle aucune réponse ?
Parler est-ce une manière d’apaiser les conflits ou faut-il que ceux-ci soient déjà résolus pour que le dialogue soit rendu possible ? La guerre en Ukraine illustre cette impasse : entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine, tout dialogue est impossible. En s’acharnant à maintenir des appels réguliers au président russe, au début de l’invasion, Emmanuel Macron a d’ailleurs été taxé de naïveté tant la capacité à prévenir ou à résoudre cette agression par la parole semblait illusoire. Néanmoins, sans un canal diplomatique et une négociation de paix, difficile d’imaginer un terme aux violences de la guerre. Alors ?