Cinéma
“La Pie voleuse” : est-il toujours mauvais de voler ?
Ariane Ascaride dans “La Pie voleuse”, de Robert Guediguian. © 2024 Agat Films
Cet article est réservé aux abonnés.
Dans le nouveau film de Robert Guédiguian, La Pie voleuse, une aide à domicile prélève un peu d’argent aux personnes dont elle prend soin pour s’offrir quelques plaisirs, à elle-même ainsi qu’à ses proches. Ces vols, s’ils sont illégaux, sont-ils vraiment graves ?
Maria (Ariane Ascaride), la soixantaine légère et souriante, s’occupe de personnes dépendantes à domicile, parmi lesquelles un certain Monsieur Moreau (Jean-Pierre Darroussin), charmant professeur à la retraite en fauteuil roulant – et en délicatesse avec son fils. Malgré leur relation joviale, presque taquine, Maria s’autorise un sacré impair : elle lui soutire des chèques en secret pour offrir quelques cadeaux, à elle et sa famille, dont des cours de piano pour son talentueux petit-fils – et quelques huîtres pour elle, car il faut bien garder le moral.
À la faveur d’un dégât des eaux dans le magasin de musique où elle avait loué un piano grâce à l’argent volé, l’un de ces chèques refait surface et la fraude éclate au grand jour. Tandis que le fils de M. Moreau, Laurent, menace d’abord de porter plainte, le premier concerné se montre plus compréhensif, comme s’il avait l’intuition que Maria n’agissait pas si mal. L’affaire se complique lorsque Laurent tombe amoureux de la fille de Maria, et que sa femme trompée se met à son tour en tête, avec un certain excès de zèle, de réclamer justice...
Défaillance de la justice sociale
« Pourquoi Maria vole-t-elle ?, demande le réalisateur Robert Guédiguian dans un entretien pour So Film. Tout simplement pour rétablir un équilibre, pour faire ce que la société ne fait pas. » Le film La Pie voleuse n’est pas une défense bornée de la célèbre phrase de Proudhon, l’un des pères de l’anarchisme, pour qui « la propriété, c’est le vol ». Maria aussi est propriétaire d’une petite maison et il ne lui viendra pas à l’idée de la céder à la collectivité. Néanmoins, l’aide à domicile est une travailleuse précaire. Il lui manque peu, mais tout le temps. « Maria ne vole qu’un tout petit peu, poursuit Robert Guédiguian. Elle ne vole que ce que les autres pourraient lui donner. Elle s’en veut d’ailleurs d’autant plus quand elle est prise : elle sait qu’il aurait suffi qu’elle demande. »