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La politique est-elle le règne des passions ?
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Cet article est issu du numéro 110 de Philosophie magazine « Quelle part d’enfance gardons-nous ? », en kiosque le 01 juin 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Analyse des termes du sujet
« Politique »
Organisation de la vie en société, art et manière de gouverner.
« Est-elle »
Équivalence entre politique et passions. On pourra l’interroger en convoquant un contraire : la raison. Le sujet se situe entre la politique, l’éthique et la morale.
« Règne »
Synonymes : domination, primauté, pouvoir, espace, champ, despotisme…
« Passions »
Synonymes : affects, émotions, sentiments... Elles peuvent être négatives (peur, haine, colère, envie) ou positives (amour, estime, allégresse, espoir).
Défrichage
Premières intuitions
D’emblée, l’expression « règne des passions » peut faire penser à deux excès possibles : la tyrannie (comportement du dirigeant) ou l’anarchie (comportement du peuple).
Mais les passions sont constitutives de l’homme. On peut alors interroger leur rôle dans l’espace politique : invalident-elles la vie politique ou bien l’encouragent-elles ?
Il faut pour cela étudier à la fois le mécanisme de la vie politique et le fonctionnement des passions : comment ces passions s’y déploient-elles, et jusqu’où peut-on les accepter, les tolérer tout en maintenant l’ordre ?
Exemples qui viennent à l’esprit
La politique est un espace quadrillé par la raison : administration, bureaucratie, technocrates formés dans des écoles spécifiques, mandats, contrats… La gestion méthodique de la vie politique est loin des passions incandescentes qui animent l’homme.
Mais les passions s’y invitent et peuvent dominer : le populisme est un courant politique qui excite les passions populaires (indignation, colère, peur, envie de tout casser). Ses pratiques : humiliation de l’adversaire, désignation de coupables (« nantis du système », étrangers, etc.).
Pour autant, on ne peut pas les congédier sans préavis. Elles peuvent être utiles ou inévitables : on peut voir la Révolution française de 1789 et l’épisode de la Terreur, malgré la violence et le déchaînement des passions populaires, comme des passages nécessaires à la mise en place d’un ordre plus juste.