Entretien

À la rencontre de Sempé et du merveilleusement banal

Temps de lecture : 9 min

Jean-Jacques Sempé pose le 26 octobre 2015 chez lui, à Paris

Jean-Jacques Sempé pose le 26 octobre 2015 chez lui, à Paris. © Stéphane de Sakutin/AFP

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du Hors-série n°N° 55 de Philosophie magazine « Sempé (1932-2022) », en kiosque le 27 octobre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Modeste, rongé par le doute, hanté par son enfance, voici Jean-Jacques Sempé à grands traits, explorateur à l’affût de l’insolite sous l’ordinaire, et fasciné par le lieu commun. Il nous avait reçu chez lui en 2013 pour évoquer son parcours et revenir sur un demi-siècle de dessins.

 


Jean-Jacques Sempé (1932-2022)
1932 › Naissance à Pessac, près de Bordeaux (Gironde).
1950 › Débarque à Paris et vend ses premiers dessins à des journaux. Fait la rencontre décisive du dessinateur humoristique Chaval.
1959 › Avec René Goscinny, il commence la série des histoires du Petit Nicolas (5 volumes), qui seront traduites dans le monde entier.
1962 › Parution de son premier album, Rien n’est simple (Denoël), bientôt suivi de Tout se complique.
1970-1975 › Nombreuses expositions et albums, dont L’Ascension sociale de M. Lambert.
1979 › Premières couvertures pour The New Yorker : il en réalisera une centaine.
1979 › Grand prix national des Arts et des lettres (arts graphiques).
1987 › Album Luxe, calme et volupté.
1988 › Illustre Catherine Certitude, roman de Patrick Modiano.
2003 › Prix Alphonse-Allais.
2011 › Publie Enfances, album illustré de nombreux dessins dans lequel il se confie longuement, principalement sur son enfance, au fil d’un entretien avec Marc Lecarpentier.
2021 › Publie son 43e album chez Denoël.
2022 › Décès dans le Var.


Avez-vous fréquenté des philosophes ?

Jean-Jacques Sempé — Non, pas vraiment. Il y a eu une époque où je croisais Althusser sur la plage à Saint-Tropez – c’était après mon album du même nom, et la petite bande dont il faisait partie aimait bien mes dessins – mais nous n’avons guère parlé. À part lui, je crois que je n’en ai jamais rencontré. Ah, si ! une fois, dans la rue, un homme très souriant s’est approché pour me saluer et me féliciter pour mes dessins. Il m’a donné son nom en précisant qu’il était philosophe. C’était un nom grec que je n’ai pas retenu – attention : pas Socrate ou Héraclite… –, un nom plus compliqué à mémoriser ! Par contre, je me souviens de ce qu’il m’a dit : « Finalement vous avez raison, on n’en sort pas : même si vous faites de bonnes actions, on se sent coupable de les faire d’une manière incomplète, donc on ne se libère jamais complètement de la culpabilité. »

 

Et ensuite ?

Il a tourné les talons et je l’ai vu repartir, toujours souriant, en gambadant dans la vie.

“L’absurde, c’est le quotidien ; il naît au coin de la rue”
Jean-Jacques Sempé

 

C’était une rencontre absurde ?

L’absurde, c’est le quotidien ; il naît au coin de la rue.

 

Dans vos dessins, il surgit comment ?

Ça vient comme ça peut… De toute façon, je n’aime guère commenter mes dessins. On croit qu’on dessine un type innocent qui marche au milieu d’une route, et quelqu’un vient vous demander pourquoi il ne se met pas plus à gauche ou bien plus à droite où il sera mieux protégé…

Cet article est réservé aux abonnés