Entretien
Laure Gillot-Assayag : “Le compromis n’est pas aujourd’hui considéré comme une vertu politique”
Paris, le 8 septembre 2025. Le dernier discours de François Bayrou avant le vote de confiance à l’Assemblée nationale. © Jeanne Accorsini/Sipa
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Pourquoi le compromis est-il si compliqué dans une Assemblée nationale sans majorité ? Laure Gillot-Assayag, doctorante à l’École des hautes études en sciences sociales et philosophe au Cespra, nous répond en mobilisant la pensée éthique de Paul Ricœur.
Pour quelles raisons la politique du compromis de François Bayrou a-t-elle échoué ?
Laure Gillot-Assayag : Parce qu’il s’agit justement d’une politique de compromis, et non d’une véritable éthique du compromis. Cela peut sembler jouer sur les mots, mais la distinction est essentielle. L’échec du compromis est d’abord un échec de méthode, d’écoute et de prise en compte des partenaires. Au lieu de s’engager dans une période de négociation préalable, le Premier ministre a pris le Parlement de court en déclarant le 25 août que la discussion sur les orientations budgétaires n’aura lieu qu’après un vote de confiance. À l’inverse, le compromis éthique suppose l’inclusion en amont des acteurs concernés, la mise en commun des perspectives pour permettre la co-construction de solutions, et gouverner dans un contexte politique fragilisé et divisé. Un compromis éthique n’est pas une tactique de négociation, ni une issue de secours personnelle ou politique. La défiance de l’opinion à l’égard des institutions et des responsables politiques – les partis politiques, qui se rêvent encore majoritaires – participe aussi à cet échec du compromis. Il faut noter que le mot de « compromis » souffre en France d’une mauvaise réputation. Il évoque la trahison mais également la tiédeur. Cette compréhension erronée du compromis – assimilé à une compromission avec la politique d’un gouvernement contesté ou à de simples calculs électoraux de court terme – entrave toute dynamique de coalition susceptible de dépasser les crises politiques.
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Comment le compromis devient-il une vertu politique ?
À partir du moment où l’on ne le conçoit plus comme un défaut de radicalité. Un compromis éthique ne signifie pas la recherche d’un accord total et parfait – c’est un second-best – ni un abandon de ses valeurs, mais une solution travaillée pour être suffisamment partagée et permettre la coexistence pacifique et la poursuite du bien commun. Il faut cependant rappeler, avec Avishai Margalit, un auteur sur lequel je publie un ouvrage collectif en décembre, qu’il existe toutefois des compromis inacceptables : ceux qui instituent un système d’humiliation comme dans les régimes totalitaires. Mais la France n’en est évidemment pas là.