Édito

Le charme de l’intact

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Le charme de l’intact

© Charles Berberian

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Cet article est issu du numéro 136 de Philosophie magazine « 136 - février 2020 », en kiosque le 16 janvier 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Où sont passés les moutons ?

Au moins vingt années se sont écoulées, et pourtant, c’est la question qui saute dans mon esprit sitôt que je me retrouve dans le village poitevin où j’ai des souvenirs d’enfance. En face de notre vieille maison, il y avait un pré où, dans les nappes de brumes violettes du soir, des masses blanches cotonneuses, frissonnant de peur, s’en allaient creusant toujours les mêmes ornières, sitôt que nous franchissions le portail.

Et où est le poirier ? Il y avait au coin du pré à moutons un seul arbre fruitier, assez vieux, tordu, mangé par le lierre, sous lequel un vieillard, un radio-transistor orange toujours vissé à l’oreille, étendait une natte de jonc et passait ses journées allongé, écrasant du poids de son corps les fruits trop mûrs.

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