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Le couple libre va-t-il sauver l’amour ?

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Le couple libre va-t-il sauver l’amour ?

© Flore-Aël Surun/Tendance floue

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9% de la population française affirment être dans une « relation ouverte », qui implique la possibilité d’avoir des relations sexuelles avec plusieurs partenaires. Cette forme de conjugalité est-elle vraiment un eldorado libérateur ? Réponse avec la philosophe Alexandra Kollontaï (1872-1952), figure du féminisme socialiste et théoricienne de l’amour libre. 


 

Ouvrir la relation à d’autres partenaires. Le choix n’est pas massif, mais concerne tout de même 9% de la population française globale, et 14% uniquement à Paris, selon une enquête Ifop parue en avril, réalisée pour le site de rencontre Gleeden auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 personnes. Pour ses adeptes, ce choix est globalement épanouissant : 35% se disent « très satisfaits » par leur relation, 54% sont « assez satisfaits ». Reste tout de même 8% « assez mécontents » et 3% de « mécontents ». Ce principe d’ouverture du couple séduit de plus en plus mais demeure minoritaire : 61% des interrogés ont répondu très clairement « non, certainement pas » à la question « si votre partenaire actuel vous proposait d’établir une relation de couple libre encadrée par le respect de certaines règles, est-ce que vous l’accepteriez ? », tandis que 14% se diraient prêts à tenter l’aventure. L’ouverture du couple est-elle la bonne idée – celle qui permet de sortir des schémas, des carcans, des désillusions et de réinventer l’amour, voire de se réinventer soi-même ?

Ces questionnements autour de la meilleure forme d’amour ne datent pas d’hier. Dès le début du XXe siècle, la philosophe russe Alexandra Kollontaï propose une panoplie complète d’arguments en faveur du couple libre, ou plus précisément de ce qu’elle appelle « un amour multiforme et multicorde » émancipé du mariage monogame dont elle fait une critique très virulente. Cet éloge de la liberté sexuelle forgée en 1920 au sein de la Russie communiste est d’une modernité et d’une actualité troublantes, comme l’expliquent la spécialiste du monde slave Olga Bronnikova et le philosophe Matthieu Renault dans leur biographie intellectuelle de Kollontaï intitulée Kollontaï. Défaire la famille, refaire l’amour (La Fabrique, 2024).

En finir avec l’appropriation

Selon Kollontaï, si le couple libre a de l’avenir, c’est d’abord parce que le couple monogame ne va pas de soi. Majoritaire et très ancré dans l’imaginaire collectif, il reste beaucoup plus contingent que ce que l’on peut croire. Là où l’époque féodale distingue très clairement l’amour d’un côté, et le mariage de l’autre – ce qui laissait à l’époque ouverte la possibilité pour les hommes comme pour les femmes d’avoir plusieurs amants –, la bourgeoisie a graduellement instauré un principe de fidélité. « L’idée de la propriété inviolable des époux a été soigneusement cultivée par le code moral de la classe bourgeoise, avec son idéal de la famille individualiste renfermée en elle-même », explique Kollontaï. Cela commence selon la philosophe dès le XVe siècle et se renforce avec la naissance et l’essor du capitalisme, au XIXe siècle. Cette conjugalité exclusive cache en réalité des impératifs matériels : le but caché du couple monogame est avant tout économique. Il vise précisément à conserver au maximum le patrimoine en évitant que la liberté de mœurs ne s’associe à une dilapidation du capital. « Capturer » définitivement le « cœur » ou le « moi » de l’autre est une manière de garantir une stabilité financière, explique la philosophe.

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