Air du temps
Le “drag”, remède au désespoir ?
Keiona, gagnante de l’édition 2023 de l’émission “Drag Race France”. © Nathalie Guyon/FTV
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Les paillettes apaisent-elles l’âme ? À contempler la joie des « queens » de cette deuxième saison de l’émission Drag Race France, la pratique du drag apparaît comme un exutoire face aux souffrances endurées par la communauté queer. Analyse d’un « retournement du stigmate » avec l’anthropologue Esther Newton et la philosophe Judith Butler.
La saison 2 de l’émission de télé-réalité Drag Race France s’est achevée vendredi dernier avec la victoire de la « reine » « Keiona », dans une explosion de paillettes et de larmes de joie sur le plateau. Mais cette compétition de drag queens n’est pas seulement un show coloré et exubérant. La déclinaison française de l’émission américaine RuPaul’s Drag Race alterne des séquences de grand spectacle dignes des cabarets les plus sophistiqués et des moments plus intimes, où les candidat(e)s se confient sur certaines épreuves de leur vie, tout en se maquillant.
« Chaque personne qui est dans cette pièce a vécu des traumatismes liés à ce qu’elle est », a résumé « Piche », drag queen arlésienne qui a dû fuir son foyer à 13 ans, lorsque son père a appris son homosexualité. « Mami Watta », qui figurait parmi les finalistes, s’est quant à elle confiée sur les thérapies de conversion subies en Côte d’Ivoire pour faire sortir l’homosexualité – « l’esprit démoniaque » – de son corps. Au fil de ces deux premières saisons, nombreuses sont celles qui ont également raconté les agressions et le harcèlement subis au cours de leur existence. Quasi toutes les « reines » le formulent plus ou moins explicitement : le drag a sauvé leur vie.