Vie de l’esprit

“Le rêve nous prépare à gérer d’éventuelles situations” : un neurologue explore le sommeil

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Le neurologue belge Steven Laureys pose au Centre hospitalier universitaire de Liège, en 2020

Le neurologue belge Steven Laureys pose au Centre hospitalier universitaire de Liège, en 2020. © Kenzo Tribouillard/AFP

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Le sommeil reste pour une grande part énigmatique. Dans son nouvel ouvrage, Le Sommeil, c’est bon pour le cerveau (Odile Jacob, 2023), le neurologue belge Steven Laureys explore quelque-uns de ces mystères, allant du rêve lucide jusqu’à la réalité virtuelle du rêve en passant par l’état de conscience des personnes plongées dans le coma. Son œil de neurologue a accepté de répondre à notre regard philosophique.


 

Dans l’ouvrage L’Interprétation du rêve (1900), Sigmund Freud considère que les rêves sont un “accomplissement du souhait”. À ce jour, aucune hypothèse scientifique n’a confirmé cette théorie. Quelles sont les fonctions des rêves pour les neurologues ?

Steven Laureys : C’est une question très controversée. Certains disent que le contenu de nos rêves est essentiellement aléatoire. Sans aller jusqu’à une interprétation freudienne, je pense qu’il est important de s’intéresser aux rêves. Ils ont une fonction fondamentale pour le développement émotionnel, l’apprentissage et la consolidation de la mémoire. Nous savons, par exemple, que le sommeil paradoxal joue un rôle considérable pour la neuroplasticité (la capacité du cerveau à remodeler et à consolider de nouvelles connaissances). Le sommeil paradoxal correspond à la dernière phase du sommeil, pendant laquelle nos rêves sont plus intenses et l’activité cérébrale comparable à celle de l’éveil. Les bébés sont ceux qui passent le plus de temps en phase de sommeil paradoxal. Nous avons de fortes raisons de croire que cette phase de sommeil permet à leur cerveau de se développer et d’acquérir de nouvelles connaissances, comme se souvenir de la voix d’un proche, par exemple. Pour les adolescents et les adultes, le sommeil paradoxal s’avère tout aussi primordial. Lorsque nous intégrons une nouvelle donnée, des circuits neuronaux inédits se forment dans notre cerveau. Nos recherches ont montré que pendant le sommeil, ces nouveaux circuits se réactivent. Quand une personne apprend à faire du snowboard, il y a de grandes chances pour qu’elle en rêve pendant son sommeil : son cerveau reproduit les mouvements appris. En rejouant constamment les mêmes circuits neuronaux empruntés pendant la journée, le cerveau cimente l’apprentissage.

 

Lorsque nous rêvons d’une chose dont nous n’avons jamais fait l’expérience, notre cerveau essaie-t-il de nous apprendre quelque chose ?

Donner une interprétation est difficile. Même si les théories de Freud se concentraient principalement sur les pulsions sexuelles, il a le mérite d’avoir révélé l’existence d’une interaction complexe entre, d’une part, le Moi rationnel, analytique et conscient, et d’autre part, tout ce qui passe « en dessous du radar », comme l’inconscient et le système limbique, qui règle nos émotions et contrôle notre mémoire. Le rêve est une « réalité virtuelle » très puissante : il nous permet de vivre des expériences insolites au sein d’un environnement sécurisé. C’est une expérience à part entière, qui peut s’avérer utile. En un sens, il nous prépare à gérer d’éventuelles situations. Si vous rêvez que vous devez mettre à l’abri chaque personne se trouvant dans votre maison en feu, il y a de fortes chances pour que vous soyez mieux préparé que la moyenne à cette tragique éventualité.

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