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Le singulier hommage de Žižek à Donald Rumsfeld
Slavoj Žižek en 2012. © Ulf Andersen/Aurimages via AFP
Vous souvenez-vous de Donald Rumsfeld ? Ce républicain pur jus fut secrétaire d’État à la Défense lors du premier mandat de George Bush. Et l’un des principaux artisans, à ce titre, de l’invasion de l’Irak en 2004. La plupart des gens ne retiendront, sans doute, que cela de lui. Slavoj Žižek, lui, dans un texte inédit, préfère se concentrer sur une petite phrase prononcée en 2003 par ce « philosophe amateur », restée célèbre aux États-Unis. Une distinction conceptuelle en forme de théorie de l’incertitude, qui invite à articuler « le connu connu » (tout ce que nous savons vraiment – par exemple le prénom de notre mère), l’« inconnu connu » (ce que nous savons que nous ne savons pas – par exemple le nombre précis de voitures garées dans la rue adjacente) et « l’inconnu inconnu » (ce que nous ne savons même pas que nous ne savons pas – à l’époque, les menaces possibles du régime de Sadam Hussein).
Ajoutez à cela sa fameuse omission, « le connu inconnu » (nos présupposés inconscients), et vous obtenez une grille d’analyse exceptionnelle pour comprendre nos temps troublés : la pandémie nous a révélé l’ampleur de ce que nous ignorions en matière de médecine et de biologie, mais aussi d’économie, de psychologie, etc. Mais elle souligne aussi la présence, oppressante, de « l’inconnu inconnu » : la possibilité d’un point de bascule, d’effondrement irrémédiable de nos sociétés, que nous sommes incapables de penser.