Enquête

L’enfer du crack à Paris, entre défaillance politique et tabou moral

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Pantin (93), le 29 septembre 2021. Manifestation des riverains contre la présence de toxicomanes au square de la porte de la Villette après leur déplacement du quartier des jardins d’Éole

Pantin (93), le 29 septembre 2021. Manifestation des riverains contre la présence de toxicomanes au square de la porte de la Villette après leur déplacement du quartier des jardins d’Éole. © Alain Guilhot/Divergence

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Entre absence de réflexion sur le plan sanitaire et action publique répressive, l’inefficacité de la lutte contre la consommation de crack en France est patente. Elle souligne aussi l’acharnement d’une politique déshumanisante, qui punit plutôt qu’elle ne soigne, dans un pays qui reste invariablement l’un des plus gros consommateurs de drogues en Europe.


« Des mois durant, les toxicomanes ont uriné, déféqué, vomi et se sont masturbés dans le hall d’entrée de mon immeuble. Le pharmacien installé au rez-de-chaussée a été la cible d’agressions quotidiennes, jusqu’à prendre un coup de cutter dans le dos », raconte, traumatisée, Marion Angelosanto. Il y a quelques jours encore, cette Parisienne vivait face à la plus grande scène ouverte de consommation de crack en Europe, installée dans le square Forceval, dans le XIXe arrondissement. Sa situation devait durer quelques jours, avait promis l’ex-préfet de police Didier Lallement, elle s’est éternisée pendant plus d’un an.

Tout commence le 24 septembre 2021, alors que Didier Lallement et Marc Guillaume, préfet d’Île-de-France, décident de regrouper une cinquantaine d’usagers de crack dans le parc situé porte de la Villette, au nord-est de la capitale. La combine fait suite à l’évacuation des consommateurs installés dans une rue plus centrale, vers « un secteur sans riverains aux abords immédiats », selon la préfecture, et ce afin de soulager des habitants au bout du rouleau. Les toxicomanes sont alors « déposés » le long du boulevard périphérique par des bus. L’intervention policière s’arrête là en dépit de la promesse d’un accompagnement médico-social « fortement amplifié » et d’une « indispensable protection » des populations alentours. La fréquentation du lieu augmente alors drastiquement, jusqu’à atteindre 400 usagers quotidiens de crack. Rien de plus n’est proposé que l’édification d’un mur censé « parquer » autant que possible les toxicomanes dans le jardin. Le fiasco soulage certains, mais emporte d’autres dans un enfer silencieux.

Aujourd’hui, le problème ne semble réglé ni pour les riverains ni pour les accros à ce dérivé fumable de la cocaïne, malgré le démantèlement du camp début octobre : un scénario aux airs de déjà-vu très critiqué pour son manque de coordination entre instances nationales et locales (aucun des élus locaux concernés n’a été prévenu en amont de la manœuvre), policières et sanitaires (l’opération a mobilisé plus de mille policiers sur le terrain, mais peu de personnel soignant). La crainte de voir réapparaître d’autres rassemblements ailleurs est plus grande que jamais.

Face à un problème qui semble insoluble, deux questions se posent. D’abord, quelles sont les raisons qui font que la lutte contre la consommation de crack est si dysfonctionnelle en France ? Et qu’est-ce que cette défaillance dans la prise en charge des toxicomanes dit de notre approche morale des problèmes liés à la drogue ?

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