Du jeu de société à la réalité

Les “Antifa”, d’hier à aujourd’hui

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Paris, le 27 novembre 2021. Manifestation antifasciste et antiraciste contre les violences d’État

Paris, le 27 novembre 2021. Manifestation antifasciste et antiraciste contre les violences d’État. © Fiora Garenzi/Hans Lucas/AFP

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Si l’attention vient de se porter sur eux à l’occasion de la sortie du jeu de société Antifa (aux Éditions Libertalia), les antifascistes forment une mouvance politique toujours active en France. Héritier d’une vieille tradition politique, l’antifascisme reste fidèle à sa lutte initiale, mais à travers des formes renouvelées.

 

La récente publicité faite autour du jeu de société antifasciste Antifa, réalisé par La Horde et édité par Libertalia, provisoirement interdit de vente par la Fnac suite aux plaintes de l’extrême-droite (…avant d’être remis en rayon), a mis en lumière un activisme politique habitué à rester dans les marges du débat public, au-delà de ses éclats ponctuels dans les manifestations de rue.

Mais combien de divisions antifascistes reste-t-il en France en 2022 ? De quoi sont-elles le nom, et surtout : quels récits politiques l’antifascisme porte-t-il aujourd’hui dans notre démocratie ? Certes, épargnée par le péril brun des années trente, la société française reste menacée par des formes d’autoritarisme qui s’inspirent du fascisme d’antan, avancent les Antifa d’aujourd’hui. Tour d’horizon d’une vieille idée politique rajeunie par le contexte politique présent.

Une longue tradition politique et intellectuelle

Il n’y a rien de plus logique que de relier la tradition de l’antifascisme au fascisme lui-même, c’est à dire de remonter aux années 1920 et 1930 en Italie, en Allemagne, en Espagne et en France. Les tout premiers antifascistes s’opposent au début des années 1920 au Parti national fasciste de Mussolini en Italie, avant même sa prise du pouvoir en 1922. Transnational, regroupant dans des mouvements idéologiques pluriels socialistes, communistes, anarchistes, libéraux, chrétiens, pacifistes et anti-impérialistes, l’antifascisme défend sous ces latitudes européennes les valeurs et les principes politiques issus des Lumières et du pacifisme.

Cri de ralliement de nombreux Antifa aujourd’hui, y compris en France, l’expression « ¡No pasarán! » (« Ils ne passeront pas ») fut d’abord celui des républicains espagnols, en guerre contre les troupes nationalistes de Franco, en 1936. Le slogan a été attribué à à Dolores Ibárruri, surnommée La Pasionaria, qui prononça ces mots dans un discours à la radio au début de la guerre civile, même si certains historiens remontent à la guerre de 1914, durant laquelle le général Nivelle déclara pendant l’offensive allemande sur Verdun : « Ils ne passeront pas. »

Souvent liés au mouvement ouvrier (la classe ouvrière était alors considérée comme le plus sûr ennemi du fascisme) et au monde intellectuel, les antifascistes français originels mobilisent leurs valeurs humanistes dans le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, fondé en mars 1934 suite aux violences anti-parlementaires du 6 février 1934, puis dans le Front Populaire et la Résistance. Cet essor de l’antifascisme français est resté marqué symboliquement par la journée de manifestations unitaires du 12 février 1934, l’idée de la grève générale étant alors de faire barrage au fascisme après l’accession d’Hitler au pouvoir.

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