Repérages
L’image/Écrire, dit-iel
capture d’écran © Tristan Bartolini
Cet article est issu du numéro 146 de Philosophie magazine « 2021, on improvise ! Comment agir dans l’incertitude », en kiosque le 14 janvier 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’écriture inclusive, avec son accumulation de points et de tirets, vous rebute ? Tristan Bartolini, étudiant à la Haute École d’art et de design (HEAD) de Genève, a une solution : le jeune designer a mis au point une police de caractère, « l’inclusif-ve », pour signaler typographiquement le double marquage de genre lorsqu’on décrit un groupe mixte. L’ingéniosité de Bartolini, récompensée par le prix Art Humanité de la Croix-Rouge genevoise, consiste à résumer l’indistinction de genre en un unique caractère (et non une série de caractères), tout en laissant apparaître, dans cet unique caractère, la trace du masculin et du féminin. Un équilibre subtil entre unité et différence, qui remet en cause les biais genrés du langage : exit, au moins visuellement, l’idée que le masculin l’emporterait grammaticalement sur le féminin. Le neutre possède désormais son propre marquage écrit. Une innovation du domaine du design peut-elle, cependant, changer nos manières de penser ? Absolument, affirme le philosophe Stéphane Vial. Dans son Court Traité du design, il explique que, « en créant de nouvelles formes matérielles, il s’agit […] d’inventer de nouvelles manières d’exister ensemble », comme le masculin et le féminin qui, plutôt que de se succéder, s’entrelacent dans la police de Bartolini. Si le design exerce un tel pouvoir de transformation sociale, c’est, selon Vial, parce qu’il circule « à travers tout le corps social ». Reste à voir si « l’inclusif-ve » se propagera à grande échelle !