Tribune
L’ivrogne voit les choses comme elles sont
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« D’abord, ils nous ont pris nos boîtes de nuit. Puis les bars. Peu importe qu’ils fussent bondés ou non : tout établissement ayant pour activité majeure le débit de boissons s’est vu contraint de fermer ses portes, tandis que les restaurants, eux, pouvaient continuer à servir. Comme si on ne pouvait pas boire un pastis en tenant ses distances ! C’est maintenant clair : les autorités françaises ont un problème avec l’alcool. Dans les Alpes-Maritimes, sa vente est carrément interdite après 20 heures. Et voilà désormais qu’on nous impose un couvre-feu !
L’innocente ivrogne que je suis vit très mal ces mesures. Si la fermeture de ma salle de sport m’avait laissée de glace (après tout, je n’y allais jamais), la perspective de vivre cette deuxième vague de l’épidémie sous la prohibition me plonge dans l’abattement le plus profond. Je vous vois déjà me juger. Me traiter d’alcoolique. Or sachez que j’ai des arguments philosophiques, oui, parfaitement monsieur, pour justifier mes écarts de conduite ! Et je les puise chez Clément Rosset, le regretté maître à penser des boit-sans-soif. “L’ivrognerie”, soutient-il dans son essai Le Réel. Traité de l’idiotie (Éditions de Minuit, 1978), “peut être invoquée comme l’une des voies d’accès possible à l’expérience ontologique, au sentiment de l’être.” Rien que ça ! Le poivrot serait, d’après lui, doté d’une certaine clairvoyance.