Biographie

Machiavel. La pensée en action

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Machiavel. La pensée en action

© Lea Lund pour PM

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Cet article est issu du numéro 2 de Philosophie magazine « 2 - juin/juil. 2006 », en kiosque le 25 mai 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Machiavel appartient à une génération qui a vécu en ayant pour seul horizon la guerre. Le « moment machiavélien » est contemporain des guerres d’Italie. Né le 4 mai 1469 dans une famille de la moyenne bourgeoisie florentine, Nicolas Machiavel passe sa jeunesse, sur laquelle nous ne savons presque rien, sous le gouvernement de Laurent de Médicis, dit le Magnifique. La puissante famille des Médicis régnait sur la République florentine depuis 1434. Quand, en 1469, Laurent devient seigneur de Florence, il s’applique à renforcer le système de domination personnelle de sa famille sur la cité, un système s’apparentant au « principat civil » que décrit le chapitre IX du Prince. Sous son gouvernement, la cité florentine connaît son siècle d’or. Les plus grands artistes – Léonard de Vinci, Michel-Ange, Botticelli et Raphaël – et lettrés humanistes – Marsile Ficin et Pic de La Mirandole – bénéficient du mécénat de Laurent le Magnifique et des autres puissants de la ville. La cité de Machiavel est un modèle artistique pour toute l’Europe et le développement à Florence de cet esprit de la Renaissance, fondé sur la réactualisation de l’Antiquité, ne sera pas sans incidence sur sa pensée politique. Il puise, lui aussi, dans le legs antique.

En 1476, son père, Bernardo, homme de loi, l’inscrit dans l’une des écoles latines de la ville. Machiavel reçoit une formation moyenne, celle que peuvent lui offrir ses parents : grammaire, lettres latines et mathématiques. Il n’étudie ni le grec ni la philosophie, pas plus qu’il ne fait d’études supérieures, mais il vit dans un univers peuplé de livres. Son œuvre témoigne d’une vie constamment enrichie par ses lectures : celle des auteurs latins – Cicéron, Lucrèce, Ovide, Virgile –, comme celle des Italiens, tels Dante et Pétrarque.

Si la réflexion politique passe au premier plan de ses préoccupations, c’est que la cité florentine et toute l’Italie connaissent, dès 1494, de dramatiques bouleversements. Machiavel a 25 ans quand il assiste à l’arrivée des troupes françaises de Charles VIII en Italie. Pendant plus d’un demi-siècle, la Péninsule devient le champ de bataille privilégié de l’Europe, le théâtre des affrontements que se livrent la France et l’Espagne, les deux puissances continentales de l’époque. La vie politique de Florence est, elle aussi, bouleversée par l’arrivée de Charles VIII. Pierre de Médicis, qui a pris la suite de son père en 1492, comprend vite que les Français balaieront tout sur leur passage s’il leur refuse l’accès à la Toscane. Il signe un accord, autorise Charles VIII à entrer dans Florence et lui remet les forteresses de Sarzana, Pise et Livourne. Ayant tout cédé aux Français sans consulter les Florentins, Pierre de Médicis affronte l’hostilité de la population. Sa tête est mise à prix, le palais de la Seigneurie lui est fermé. Il fuit la cité avec son frère, le cardinal Jean. Le 11 novembre 1494, le dominicain Savonarole instaure une république théocratique.

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