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“Manet/Degas” : impressionnants

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“Manet/Degas” : impressionnants

Édouard Manet (1832-1883), La Prune (détail . v. 1877, huile sur toile, 73.6 x 50.2 cm). © National Gallery of Art, Washington, États-Unis. Collection of Mr. and Mrs. Paul Mellon. Courtesy National Gallery of Art, Washington DC. 

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Cet article est issu du numéro 170 de Philosophie magazine « Il faut qu’on parle ! Le langage résout-il les conflits ? », en kiosque le 01 juin 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le musée d’Orsay met face à face les deux monstres sacrés de la peinture pré-impressionniste, amis mais aussi concurrents. Deux acteurs majeurs d’une révolution picturale qui réaffirme la liberté de la représentation artistique.

 

Manet, Degas : deux maîtres, deux amis, deux concurrents. Des fils de bonnes familles engagés tous deux politiquement pour la défense de Paris lors de la guerre franco-prussienne, puis aux côtés des Républicains lors de la Commune. La date et le lieu restent incertains, mais ils se seraient rencontrés au Louvre vers 1860, avant de devenir des figures de la modernité artistique, se disputant la prééminence de l’avant-garde, jusqu’à la mort de Manet à 51 ans – « il était plus grand que nous le croyions », déclarera Degas en guise d’hommage. À l’occasion d’une exposition extraordinaire par la qualité de ses prêts, organisée en partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York, le musée d’Orsay raconte les destins croisés de ces deux inventeurs de la « nouvelle peinture ». L’expression revient au critique d’art Louis Edmond Duranty, qui, en 1876, rédige un bref essai critique « à propos du groupe d’artistes qui expose dans les galeries Durand-Ruel ». Selon l’auteur, s’il y a du nouveau dans ce mouvement incarné par la « bande à Manet » qui se réunit au Café Guerbois, à Montmartre, et dont Degas fait partie, tout comme Fantin-Latour, Renoir ou Sisley, c’est « qu’il a abandonné le vieux jeu, qu’il est venu au plein air, au vrai soleil, qu’il a retrouvé l’originalité et l’imprévu, c’est-à-dire la saveur dans les sujets et dans la composition de ses toiles, qu’il a apporté un dessin pénétrant, épousant le caractère des êtres et des choses modernes, les suivant au besoin avec une sagacité infinie dans leurs allures, dans leur intimité professionnelle, dans le geste et le sentiment intérieur de leur classe et de leur rang ». À la même époque, Manet fait scandale en exposant Le Déjeuner sur l’herbe au Salon des refusés en 1863, puis Olympia au Salon officiel deux ans plus tard. Même s’il en est une source d’inspiration, il se tient à l’écart de l’impressionnisme dont Degas, défenseur du réalisme, se fait, lui, le précurseur, organisant les premières expositions du mouvement. Qu’importent les étiquettes, cette « nouvelle peinture » abandonne peu à peu l’atelier pour l’extérieur. Dans ces toiles s’affirment la liberté du trait, l’importance de la lumière et l’expressivité de la composition, en rupture avec l’académisme, comme dans La Prune (photo). C’est aussi, plus généralement, la « réinsertion de la matérialité de la toile dans ce qui est représenté » qui porte, comme l’explique Michel Foucault dans une étude sur « La peinture de Manet », le geste révolutionnaire de ces artistes. Une matérialité qui continue d’impressionner !

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