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“Mort”

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Cet article est issu du numéro 154 de Philosophie magazine « Ma liberté est-elle négociable ? », en kiosque le 28 octobre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Cinq philosophes entonnent une marche funèbre. 

 

Épicure (341-270 av. J.-C.)

La mort ne nous concerne en rien », écrit le philosophe antique. Matérialiste, il considère que « tout bien et tout mal résident dans la sensation ». Or, logiquement, « la mort est privation de sensation ». Elle n’est donc qu’une expérience hors de la vie et ne doit ni s’envisager ni s’attendre. La mort ? Rien du tout !

 

Blaise Pascal (1623-1662) 

C’est la mort d’autrui qui conduit l’homme à se penser comme mortel, selon l’auteur des Pensées. Cette conscience est même ce qui donne sa dignité à l’homme : il « serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt ». Le « roseau pensant » puise sa supériorité dans cette faculté à se penser tragiquement.

 

G. W. F. Hegel (1770-1831) 

Selon le philosophe, la conscience de soi se détermine au moyen d’une lutte pour la reconnaissance, dans un rapport antagonique à autrui ayant pour enjeu la liberté. Dans cette « lutte pour la vie et la mort », la conscience s’élève. Il faut qu’une chose meure pour qu’une autre s’affirme. L’épreuve du négatif est donc vitale.

 

Martin Heidegger (1889-1976) 

L’homme de tous les jours conçoit la mort comme « une banalité quotidienne ». Or, dès qu’il en prend véritablement conscience dans l’angoisse, elle est ce qui lui permet de se ressaisir dans le fond de son être de façon authentique. Devant sa finitude, il façonne son existence. L’« Être-pour-la mort » est donc un appel à projet !

 

Albert Camus (1913-1960)

Il n’y a, selon Camus, « qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide ». Face à l’absurdité de l’existence, dirigée vers la mort, comment ne pas renoncer ? En se révoltant ! « Cette révolte donne son prix à la vie » et le goût de la liberté. Ainsi, « je transforme en règle de vie ce qui était invitation à la mort ».