Nouvelles vagues
Ne nous promenons plus dans les bois. La chronique d’Anne-Sophie Moreau
© Iva Rajovic/Unsplash
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 179 de Philosophie magazine « Sexe. Où est-ce que ça coince ? », en kiosque le 25 avril 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Une récente loi interdit l’accès aux forêts privées sous peine de fortes amendes. Mais la nature peut-elle vraiment appartenir à quelqu’un ?
Hier, j’ai eu les larmes aux yeux en voyant un papillon dans une rue de Paris. Il y a si longtemps que je n’ai pas fait un tour en forêt, pensai-je avec chagrin. Si vous êtes comme moi, se promener dans la nature fait partie de vos besoins primaires. Las ! ce bon vieux rituel pourrait bien disparaître.
La faute à une loi votée en février 2023 – et passée inaperçue jusqu’ici – qui vise à « limiter l’engrillagement des espaces naturels ». Une noble intention, a priori : il s’agissait de laisser les animaux circuler librement. Or le législateur a cru bon, pour compenser l’interdiction faite aux propriétaires de clôturer, d’ajouter des mesures pour « protéger la propriété privée ». Résultat : un promeneur peut désormais être sanctionné d’une amende de 135 euros pour avoir simplement traversé un domaine – en empruntant un chemin de forêt, par exemple. Quelques mois plus tard, un marquis décidait d’interdire l’accès à ses 750 hectares de terrain en pleine réserve naturelle des Hauts de Chartreuse, dans les Alpes, un lieu prisé des randonneurs. Un scandale qui a conduit des députés écologistes à proposer une autre loi – déjà rejetée – pour « dépénaliser l’accès à la nature ». L’idée ? S’inspirer des Scandinaves, chez qui tout un chacun a le droit de traverser des terrains privés, voire d’y camper, pour profiter pleinement du friluftsliv – la « vie en plein air » en norvégien.