L'exemple
Nietzsche et le travailleur zélé
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Cet article est issu du numéro 55 de Philosophie magazine « 55 - hiver 2011 », en kiosque le 24 novembre 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le fameux « employé du mois » en vient à oublier son moi et va jusqu’à se tuer à la tâche, affirme le philosophe allemand. Pour lui, ce que l’intérêt général érige en vertus s’avère nuisible pour l’individu.
Besogneux et appliqué, le travailleur zélé s’acquitte consciencieusement de toutes les tâches qu’on lui confie. Mieux, il les exécute avec ardeur et empressement. Petit employé dans une usine industrielle, il est en charge des travaux les plus pénibles et des manutentions les plus lourdes. Il assume néanmoins les cadences effrénées qu’on lui impose et se voue corps et âme à son office. En effet, le travailleur zélé agit conformément aux vertus d’application et d’abnégation qu’on lui a inculquées. Son seul souci est de servir l’intérêt général – peu importe sa santé, sa paye ou son emploi du temps. Dans son entreprise, on l’a même érigé en modèle d’altruisme et de désintéressement. On admire ses vertus, on loue les bénéfices que la société tire de ses sacrifices, mais, dans le fracas des machines où chaque jour il use ses forces vitales, notre « brave homme » finit par se tuer à la tâche.