Orient / Occident
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Cet article est issu du numéro 62 de Philosophie magazine « 62 - septembre 2012 », en kiosque le 23 août 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À nos yeux d’Occidentaux accoutumés au rationalisme, les sagesses d’Extrême-Orient apparaissent tortueuses et énigmatiques. Sauf que ces démarcations pourraient bien être très artificielles.
À Suzhou, ville célèbre pour ses jardins et ses canaux, située près de Shanghai, et qualifiée par Marco Polo de Venise chinoise, se construit une magnifique « Porte de l’Orient ». C’est un building superbe, sublimement illuminé la nuit près d’un vaste lac, très moderne, bien sûr très haut, mais aussi très énigmatique ; car on se demande quels sont les mondes que cette porte est censée séparer. Qu’y a-t-il donc à l’est de l’Extrême-Orient ? La réponse est évidente et paradoxale : il y a l’Ouest ! Là où le soleil finit de se lever, il se couche… Par où l’on perçoit que les catégories d’Orient et d’Occident, comme d’ailleurs celles de Nord et de Sud (lire la chronique dans Philosophie magazine n° 49, p. 68), sont relatives et qu’elles deviennent rapidement plus culturelles que naturelles, plus symboliques que géographiques. On a d’ailleurs tendance à les opposer front à front. « Vers l’Orient compliqué, écrivait de Gaulle, je m’envolais avec des idées simples. » L’Orient est en effet réputé tortueux, relativiste, mouvant, sensible, voire sensuel ; tandis que l’Occident serait droit, dogmatique, rigide, rationnel, dualiste. Cette opposition claire et nette – et peut-être occidentale dans son esprit… – peut avoir plusieurs usages : on peut vanter la supériorité de l’un ou l’autre monde ou se borner à constater leur impossible entente. Il sera ainsi loisible de soutenir que jamais la démocratie, les droits de l’homme ou l’économie de marché ne pourront s’adapter à l’Orient compliqué ; et que jamais l’Occident simpliste n’aura accès aux raffinements subtils et exigeants des pensées et des vies orientales. « L’Orient est l’Orient et l’Occident est l’Occident ; et les deux ne se rencontreront jamais », confiait Kipling. Impérialisme et différentialisme avancent ici, on le voit, d’un même pas.