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Peut-on agir sans être conscient ?

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Cet article est issu du numéro 119 de Philosophie magazine « Le culte de la perfection. Jusqu’où s’améliorer ? », en kiosque le 26 avril 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Analyse des termes du sujet

« Peut-on »

Est-ce matériellement ou logiquement possible ? Est-ce une prétention moralement légitime ?

« agir »

Faire, produire, fabriquer.

« être conscient »

Conscience immédiate, réflexive, morale.

« sans être conscient »

En étant inconscient (inanimé), sans nous en rendre compte, sans réfléchir à l’action, à ses causes et à ses conséquences.

 

Défrichage

Premières intuitions

« Bien sûr que non ! », dirions-nous de prime abord. Des actions les plus simples (marcher, parler, se mouvoir) aux plus complexes, seul l’individu conscient peut agir, à moins d’être somnambule ! On reconnaît au contraire l’individu inconscient à ce qu’il a cessé toute action spontanée.

Et pourtant, parfois, nous ne sommes pas tout à fait sûrs de ce que nous avons fait : avons-nous bien fermé la porte à clé ? Avons-nous vraiment rangé notre téléphone dans notre sac sans nous en rendre compte ? Que nous soyons absorbés dans nos pensées ou que nous répétions des gestes de manière mécanique, il semble alors possible d’agir sans être pleinement conscient.

Pouvons-nous dire pour autant, après avoir agi, que nous ne savions pas ce que nous faisions ? Cela ne sonne-t-il pas comme l’excuse trop facile de celui qui ne veut pas assumer ses actes ?

Exemples qui viennent à l’esprit

Dans Manon Lescaut (1731), le roman de l’abbé Prévost, le personnage de Des Grieux est insouciant et inconséquent. Il ne manifeste aucune conscience morale et ne cesse de regretter des actions dont il n’anticipe jamais les conséquences désastreuses.

La méditation de pleine conscience nous apprend à être toujours parfaitement conscients de ce que nous faisons (lorsque nous mangeons, marchons, cuisinons…), car nos pensées peuvent notamment nous couper du présent, nous rendant absents à nous-mêmes et à nos propres actions.

Dans L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine (2011), le philosophe Ruwen Ogien montre que nos actes de générosité ou d’altruisme varient en fonction de facteurs aussi futiles que la présence ou non d’une odeur de viennoiserie, ou la découverte d’une pièce de monnaie sur le trottoir. Sommes-nous alors réellement conscients de l’origine de nos actions ?

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