Vos questions
“Peut-on dire de notre passé que c’est ‘du passé’ ?”
Illustration : © Séverine Scaglia pour PM.
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Cet article est issu du numéro 160 de Philosophie magazine « Penser, c’est dire non ? », en kiosque le 02 juin 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Question de Pauline Blanc
Qui n’a jamais vécu cela ? Encore sous le coup de la colère, incapable de pardonner, nous répétons que « c’est bon, c’est du passé », tout en sachant qu’il n’en est rien. Bien souvent, en effet, le passé ne passe pas. Il ne suffit ni d’un coup d’éponge ni d’une décision pour s’en débarrasser. Il est présent dans nos souvenirs, bons ou mauvais, qui reviennent sans crier gare, réveillés par une odeur, une saveur, une ritournelle à la radio… Il est présent dans nos habitudes, nos manières de penser, de réagir. Il est présent dans notre mémoire, consciente comme inconsciente, et même dans notre perception, puisque, écrit Henri Bergson, « il n’y a pas de perception qui ne soit imprégnée de souvenirs ». Il est présent dans notre nostalgie, dans nos regrets ou dans nos remords, sur notre visage également marqué par les années. C’est une évidence que nous avons pourtant du mal à accepter. Les invitations à jouir du seul présent sont aujourd’hui légion… Mais que peut donc être un pur présent si notre perception est ainsi « imprégnée de souvenirs » ? De plus, en tant que « Modernes », nous avons souvent été élevés dans le culte de la rupture la plus franche possible avec le passé : toutes les avant-gardes artistiques du XXe siècle ont ainsi voulu, pour reprendre la vulgate révolutionnaire, « faire du passé table rase ». Il semble pourtant que la chose soit impossible, tant sur les plans individuel que collectif.