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Peut mieux faire ? Pour une philosophie de l’“assez bien”
© Éditions Flammarion
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Peut-on s’accommoder de la mention « assez bien » sans souffrir du sentiment de manque d’excellence ? Dans son essai Éloge des vertus minuscules (Flammarion, 2023), Marina van Zuylen puise dans l’histoire de la philosophie et de la littérature des ressources pour se dégager de la tyrannie du mérite, théorisant ainsi « une philosophie de l’assez bien ». Revigorant.
Et si le mérite commençait avant le “très bien” ?
Pourquoi la mention « assez bien », que nous sommes beaucoup à avoir reçue sur nos bulletins scolaires, déçoit-elle à ce point l’élève pris de haut par ses professeurs quelque peu condescendants, et ses parents vexés que leur enfant n’excelle pas à la hauteur de leurs espérances ? « Assez bien » : ni génial ni médiocre, mais un peu rien, en fait. Moyen, en somme ; ah, l’horreur ! L’assez bien serait la marque vaguement humiliante d’une tiédeur intellectuelle, d’une mollesse de caractère, d’indolence existentielle, qu’il faudrait traîner toute sa vie scolaire comme le signe d’une douce infâmie.
« Les étiquettes – médiocre, passable – peuvent détruire une personne », observe Marina van Zuylen dans son essai Éloge des vertus minuscules. Partant de cette expérience fondatrice, cette Américaine enseignante en littérature comparée au Bard College interroge le sens de ce rejet de l’assez bien dans nos vies.
“Cela vaut aussi pour les jugements d’auto-dépréciation, qui pulvérisent nos fragiles egos. Le mépris de soi ne naît pas seulement des vexations répétées de notre entourage, mais aussi du dénigrement que nous nous infligeons à nous-mêmes. Si nous ne sommes pas quelqu’un, alors nous ne sommes personne”
Marina van Zuylen, Éloge des vertus minuscules, 2023