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Philippe Sands : que peut le droit face à la guerre ?

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Philippe Sands : que peut le droit face à la guerre ?

Philippe Sands. © Piotr Malecki/Panos/Réa

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Cet article est issu du numéro 193 de Philosophie magazine « À quel moment je m'engage ? », en kiosque le 25 septembre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Face aux conflits qui se multiplient, de l’Ukraine au Moyen-Orient, le droit international paraît à la fois indispensable et impuissant. L’avocat et écrivain Philippe Sands, acteur et narrateur de la bataille contre l’impunité, nous a reçu dans le sud de la France pour nous expliquer le sens de son engagement. 

 

C’est dans le petit village de Bonnieux, perché sur les hauteurs du Luberon, que j’ai retrouvé Philippe Sands. Il y passe les étés pour écrire ses livres avant de rejoindre Londres, où il est professeur à l’University College et avocat en droit pénal international. Né en 1960 d’une mère française et d’un père anglais, il conseille de nombreux États devant la Cour internationale de justice et est à l’initiative de la mise en accusation de la Russie pour « crime d’agression » en Ukraine tout en ayant représenté l’Autorité palestinienne dans le procès contre l’occupation de la Cisjordanie par Israël. Il vient de publier une enquête passionnante sur la torture au Chili, 38, rue de Londres. De l’impunité, Pinochet et le nazi de Patagonie (Albin Michel). Après Retour à Lemberg, paru en 2017 et traduit dans le monde entier, où il racontait l’invention des notions de crime contre l’humanité et de génocide au procès de Nuremberg, en 1945, il revient sur l’arrestation d’Augusto Pinochet en 1998 à Londres pour sa responsabilité dans les tortures de masse et le grand débat qui s’en est suivi sur l’impunité des chefs d’État. 

L’originalité de Sands ? Considérer que le droit n’est pas une norme abstraite qui tombe d’en haut mais une invention où le rôle des hommes – juges, avocats, victimes, avec leurs destins et leurs convictions – est fondamental. Sa propre vie et celle de ses proches sont toujours en jeu dans ses enquêtes, même s’il prend soin de laisser le lecteur seul juge. « Je n’impose pas mes conclusions. C’est à toi de décider. Et parfois, comme à Londres quand Pinochet fut arrêté, les deux perspectives en conflit sont également raisonnables. » 

Fier de son jardin en espalier où il fait pousser figues et cerises, adepte du tutoiement, Sands me présente à sa mère et à sa femme, elle-même juge en droit familial, avant de m’emmener sur un promontoire d’où l’on aperçoit le mont Ventoux. Pendant près de deux heures, il me raconte sa vie, entre Londres, Paris et le monde, sa passion de la littérature et du droit, son jugement sur Gaza, Poutine et l’avenir du droit international à l’heure où Donald Trump fait voler en éclats toute idée d’ordre. « Trump poursuit dorénavant personnellement les juges de la Cour pénale internationale. On n’avait jamais vu ça. Mais Poutine fait la même chose avec moi. Je suis interdit de séjour en Russie. » En me raccompagnant, il me fait visiter une modeste maison de pierre au bout du village – 12, rue Droite. C’est là – il ne s’en est rendu compte que récemment – que l’écrivain britannique Bruce Chatwin a composé son grand récit de voyage En Patagonie, qui lui a inspiré son dernier livre sur le Chili de Pinochet… C’est le genre de connexion qu’il aime mettre au jour. « Derrière le droit, il y a toujours une histoire à raconter. »

 

La découverte du droit international

« Je suis né à Londres d’une mère française et d’un père britannique. Née à Vienne en 1938 dans une famille juive d’Europe de l’Est, ma mère s’est retrouvée toute seule en France pendant la guerre, cachée à Meudon par une religieuse. Après la guerre, elle s’est installée en Angleterre où elle a rencontré mon père. J’ai grandi à Londres mais je venais souvent chez mes grands-parents maternels, rue de Maubeuge, à Paris. Mon grand-père, né à Lviv, a perdu une grande partie de sa famille dans les camps… Au début de mes études, le droit ne m’intéressait guère. Et puis j’ai découvert le droit international. Cela touchait des questions qui me renvoyaient à ma propre histoire : la place de l’individu face à l’État, l’idée d’une norme internationale susceptible de protéger les peuples contre leurs propres dirigeants. Après un an aux États-Unis, j’ai obtenu un poste de chercheur à Cambridge en devenant avocat dans un cabinet. Les dix premières années, j’ai travaillé sur les questions écologiques. En 1986, après l’accident de Tchernobyl, j’ai commencé à défendre les petits pays insulaires dans les négociations pour la Convention sur le changement climatique. Lorsque Chirac a décidé de relancer les essais nucléaires de la France dans le Pacifique, ils m’ont demandé de défendre leur cause. Le quai d’Orsay n’était pas content : “Un Français ne plaide pas contre les intérêts de son pays”, m’a-t-on reproché. Mais je me considère comme un avocat indépendant. »

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