Hommage
Pierre Guenancia : “Alexandre Matheron nous a montré qu’en faisant l’histoire de la philosophie on fait aussi de la philosophie”
Cet article est réservé aux abonnés.
Le philosophe Pierre Guenancia rend hommage à son confrère Alexandre Matheron, disparu le 7 janvier 2020. Il loue la méthode de ce spécialiste de Spinoza, et son importance pour l’histoire de la philosophie.
Lorsque parut en 1969 le livre d’Alexandre Matheron, Individu et communauté chez Spinoza, les apprentis philosophes communistes que nous étions se précipitèrent sur cet ouvrage publié aux Éditions de Minuit, comme l’étaient, à l’époque, les essais les plus novateurs. Nous étions fascinés par Spinoza, dont Louis Althusser faisait le philosophe qui conduisait à Marx, mais la dualité individu/communauté semblait faire partie du grand nombre de « faux-problèmes » entretenus par l’idéologie bourgeoise…
La lecture de ce grand livre nous a permis de dissocier ces liaisons coutumières et de reprendre à nouveaux frais la relation de l’individu au collectif, à la lumière de la pensée spinoziste, telle qu’Alexandre Matheron nous la faisait comprendre. Partant des positions de la philosophie première ou de la métaphysique de l’Éthique, dont il montrait bien qu’elles n’étaient qu’un point de départ dans le cheminement de l’Éthique, il dégageait avec une extrême précision et une grande clarté les étapes de la reconstruction génétique de la socialité. Il ouvrait la voie dans laquelle allaient s’engager ses multiples textes postérieurs portant sur l’anthropologie et la politique à l’âge classique, repris dans Études sur Spinoza et les philosophies de l’âge classique (ENS éditions, 2011).