Homo politicus

Pourquoi le pouvoir rend-il accro ?

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Emmanuel Macron lors d’une rencontre organisée au stade Auguste-Delaune à Saint-Denis (93), le 21 avril 2022

Emmanuel Macron lors d’une rencontre organisée au stade Auguste-Delaune à Saint-Denis (93), le 21 avril 2022. © François Mori/Pool/AFP

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Le point commun entre De Gaulle, Mitterrand et Chirac ? Ils sont tous restés au minimum dix ans à la tête de la République française. Emmanuel Macron, qui souhaite se faire réélire, semble vouloir suivre ce chemin de gouvernance au long cours. Que l’on veuille accéder au pouvoir, cela peut s’entendre. Mais une fois qu’on a obtenu ce que l’on voulait, pourquoi chercher à maintenir sa place le plus longtemps possible ? La question se pose bien sûr au niveau politique, mais aussi sur le plan personnel. Individuellement, qu’est-ce qui motive un homme ou une femme politique à rester au pouvoir malgré les crises et la fatigue de l’exercice de cette fonction ? Peut-on être « accro » à la présidence, comme d’autres sont addicts à la cigarette… ou à la chasse à courre ? Blaise Pascal dévoile les étranges mécanismes de l’addiction au pouvoir.

Parce que la politique évite l’ennui 

Le mot de Pascal est célèbre : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » Et les présidents sont loin d’échapper à cette malédiction universelle : l’ennui. L’exercice d’une fonction politique se présente à ce titre comme un formidable remède contre ce « venin », qui se manifeste par la peur panique de se retrouver tout seul face à soi-même. « Prenez-y garde », alerte Pascal, « qu’est-ce […] qu’être premier président, sinon être en une condition où l’on a le matin un grand nombre de gens qui viennent de tous côtés pour ne leur laisser pas une heure en la journée où ils puissent penser à eux-mêmes ? » Individuellement, l’emploi du temps chargé du président apparaît donc comme le divertissement le plus efficace qui soit. Il est une manière de s’oublier soi-même pour se consacrer à la nation. Le roi est heureux selon Pascal, parce qu’il « est environné de gens qui ne pensent qu’à [le] divertir et à l’empêcher de penser à lui. » Si la politique rend « accro », c’est parce qu’elle retarde ce moment fatidique de solitude et d’ennui, cause universelle du malheur des hommes.

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