Justice
Pourquoi leurs juges sont des héros de films?
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 24 de Philosophie magazine « 24 - novembre 2008 », en kiosque le 30 octobre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les juges sont élus et les procès sont des temps forts de la vie démocratique aux États-Unis. La justice n’est pas perçue comme une administration lente et ésotérique mais comme le ciment de la nation, et cela depuis la Déclaration d’indépendance.
Pourquoi Douze Hommes en colère, ce film mythique qui se déroule presque uniquement dans une salle de délibération, nous passionne-t-il encore ? Pourquoi, plus récemment, Le Mystère von Bülow ou Philadelphia, des films mettant en scène des procédures judiciaires, connaissent-ils un tel succès ? Et surtout, pourquoi l’idée même d’un film de procès français nous fait-elle bailler d’avance ?
C’est que la justice aux États-Unis est à la fois populaire et citoyenne. Si le droit est devenu indissociable d’une certaine image de l’Amérique, du Juge de Lucky Luke aux assistants du procureur de New York district, c’est qu’il représente l’institution la plus accessible et la plus légitime du Nouveau Monde.
En France, la justice est au contraire souvent considérée comme incompréhensible, hautaine et lente. Personnages ternes ou intimidants, scénarios obscurs – il nous semble difficile d’en tirer un blockbuster. Le juge français est un fonctionnaire anonyme au sein d’une stricte hiérarchie, tenu au droit de réserve, qui doit s’effacer au profit de la Loi. Les juges, d’après notre Constitution, forment une « autorité », mais pas un pouvoir. Le droit lui-même, en France, est souvent considéré comme un outil technique au service de l’État. Aux États-Unis, au contraire, le droit est fondateur du lien politique : la Déclaration d’indépendance, qui a fait naître l’État américain, commence par l’énumération de droits individuels fondamentaux opposables à l’État, en l’occurrence la Couronne britannique. Le droit américain fonde l’État, alors qu’en France c’est l’État, source de la légitimité, qui distribue des droits aux citoyens.