Football
Pourquoi un match sans public est si frustrant… pour tous
5000 supporters ont récemment été autorisés à assister au match de qualification pour la Coupe du monde 2022 opposant les Pays-Bas à la Lettonie, le 27 mars 2021 dans la Johann-Cruyff Arena d'Amsterdam. © Utrecht Robin/ABACA
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Le Covid nous a accoutumés aux compétitions sportives dans des stades vides. Mais pourquoi, au fond, ne parvenons-nous pas à nous y habituer ? Parce que le sport est une expérience, comme le montre le philosophe pragmatiste américain John Dewey.
De l’art de regarder un match
Vous voulez connaître les origines de l’art ? Allez donc voir un match de foot ! C’est en tout cas ce que défend John Dewey, dans son livre L’Art comme expérience (1934) : « Les sources de l’art dans l’expérience humaine seront connues de celui qui perçoit comment la grâce alerte du joueur de ballon gagne la foule des spectateurs. » La grâce d’un geste se transmet par contamination : elle « gagne » la foule. Cette contagion permet bien d’aller à la source même de ce que signifie avoir une « expérience esthétique ». Chez Dewey, cette expérience n’est pas un jugement personnel, produit dans l’intimité de la conscience, mais un enthousiasme collectif qui se déploie dans l’espace et dans le temps : celui du stade et du match. La grâce d’une belle passe s’apprécie en groupe. Le foot est bien un art de la foule qui se vit dans et par le collectif. Pas de public, donc pas de contagion… de l’émotion.