À la trace

Quand l’archéologie retourne à la poussière

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Quand l’archéologie retourne à la poussière

© Mika Baumeister / unsplash

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L’archéologue Anita Radini fait partie des neuf récipiendaires du prix Dan-David, le « prix Nobel de l’histoire ». Sa spécialité ? L’« archéologie de la poussière ». Un thème éminemment philosophique, qui rappelle que la poussière est inhérente aux choses – et à la condition humaine.


Il faut parfois détourner le regard des grands vestiges de l’histoire, et prêter attention à l’infiniment petit pour en savoir un peu plus sur la vie de nos ancêtres. En 2019, l’archéologue Anita Radini découvre, coincée entre les dents d’une mâchoire médiévale, un pigment bleu outremer, typique de ceux utilisés dans les activités d’enluminure de manuscrits. L’étonnement est considérable. Car le crâne étudié n’appartient pas à un moine copiste… mais à une femme. De quoi remettre en cause le monopole masculin longtemps postulé dans les activités livresques de l’époque. S’il n’est pas certain qu’un grain de sable puisse changer le cours du monde, un rien peut bouleverser la manière dont nous racontons l’histoire.

 

À la limite du néant

Prendre la poussière pour objet d’étude, comme archéologue ou philosophe, ne va pas de soi. La poussière n’est-elle pas tout l’inverse d’un objet, d’une chose ? Il s’agit du reste dispersé aux quatre vents de quelque chose qui, sans doute, était, mais n’est plus. Le résidu d’une chose a depuis été réduit en poudre (issu du latin pulvis, qui a aussi donné… « poussière »), en fragments discontinus, éparpillés sans lieu ni continuité, mêlés en un magma indistinct d’autres poussières d’autres êtres qui ont fait leur temps. La poussière convoque des images de disparitions, de perte. Elle fait signe vers la mort : « Souviens-toi que tu es né poussière et que tu redeviendras poussière », est-il écrit dans la Genèse.

“La poussière peut encore se diviser, même lorsqu’on croyait toucher le fond”
Jean-Clet Martin, philosophe
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