Écologie
Que penser des robots tueurs de chats ?
© Agape Trn/Unsplash
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Le gouvernement australien a annoncé l’achat de quinze robots tueurs, les « Felixers », pour éliminer six millions de chats errants qui ont envahi le pays et provoqué la disparition de plus d’une centaine d’espèces. Une décision qui soulève un débat éthique, mais qui va aussi changer la vie des chats domestiques comme celle de l’être humain. Éclairage.
- Faut-il tuer six millions de chats sauvages pour protéger des écosystèmes entiers ? La décision prise par l’Australie divise l’opinion. Certains y voient un geste nécessaire pour sauvegarder des espèces menacées par la prolifération extrêmement rapide de chats importés par les colons européens au XVIIIe siècle. D’autre condamnent la barbarie de ce meurtre de masse. Ils rappellent par ailleurs que, les années passant, ces chats harets sont retournés à l’état sauvage et font désormais pleinement partie des écosystèmes australiens. Ce débat met en jeu des éthiques environnementales antagonistes.
- L’utilisation de « robots tueurs » suscite également la répulsion. La mise à mort est mécanisée, rendue plus abstraite, plus invisible. Ne risque-t-elle pas de conduire, loin des regards, à un déferlement de barbarie ? L’homme ne sera plus directement impliqué dans la mise à mort, accomplie par des machines autonomes. C’est un précédent dangereux. Mais ce projet a des conséquences inattendues, et tout aussi problématiques. Pour éviter que les machines ne s’en prennent à des chats de compagnie, le gouvernement australien a en effet prévu la mise en place d’un couvre-feu pour félins domestiques. Les êtres humains aussi, et en particulier les propriétaires de chats, vont donc devoir s’adapter aux « Felixers ». La machine autonome lâchée dans la nature pour chasser les chats errants risque d’échapper à ses créateurs. Elle rejoint une catégorie forgée par le philosophe Dominique Lestel : les « machines insurrectionnelles ».
- Les machines insurrectionnelles « résistent aux usages que les humains en font » et « génèrent des frictions et avec lesquelles il faut négocier » : « L’humain ne contrôle pas [leurs] activités de façon permanente. » Rien à voir, en ce sens, avec « votre grille-pain, […] votre voiture ou même […] votre ordinateur ». Les machines issues de la « robotique autonome » manifestent « une forme d’initiative dans ce qu’[elles] font » et sont « dotée[s] d’une perception du monde et de capacités d’agir sur ce monde ».
- Lestel va plus loin : ces machines sont vivantes, au sens où elles vont entrer en contact et en friction avec nous et les autres vivants. « Vivre, c’est toujours vivre avec d’autres êtres vivants dans des écosystèmes partagés », où les existences s’entrechoquent, écrit Lestel. De ce point de vue, « la robotique autonome transforme en profondeur ce que signifie être un agent vivant » : elle contraint à admettre, à côté de la « vie biologique », une « vie robotique ». « Ce qui est déstabilisé avec ces technologies, c’est l’Évolution même », la manière dont les autres vivants s’adaptent à ces nouvelles entités.
- Cette notion éclaire la question de l’élimination des chats sauvages australiens sous un jour nouveau. D’abord, si les « Felixers » sont conçus dans le but d’éliminer les chats, ils conservent par devers eux une forme d’autonomie. Quelque chose, dans ces robots, échappe au contrôle. Leur présence dans l’environnement, leurs déplacements, leurs bruits, etc., vont engendrer, chez les chats sauvages, mais sans doute chez bien d’autres espèces y compris l’homme, de nouveaux comportements (évitement, fuite, dissimulation, etc.) Ces robots autonomes vont en ce sens devenir partie intégrante du tissu vivant des écosystèmes australiens. Ne serait-il pas plus sage de ne pas ouvrir cette boîte de Pandore ?